La France en 1814

Évoquer l’état de la France en 1814 implique bien entendu de faire un ample bilan de la période napoléonienne. Le début de l’année 1814 est en effet le moment de la faillite de l’Empire qui, après avoir atteint son extension maximale en 1811/1812, s’effondre sous la pression des puissances coalisées. Tandis que les élites du régime se retournent contre celui-ci pour préparer une suite des événements qui leur soit favorable, les puissances étrangères ont, elles aussi, des idées bien définies sur ce qu’elles comptent voir émerger, le retour des Bourbons n’étant qu’une des nombreuses hypothèses.

Pour comprendre, donc, comment les Bourbons sont finalement revenus sur le trône, il faut donc avant tout s’attarder sur l’Empire et réfléchir aux grandes lignes de cette période. Impossible ici d’entrer dans le détail ou d’être exhaustif : le but de ce rapide tour d’horizon est avant tout de poser les bases qui permettront d’étudier convenablement la période suivante.

Dénapoléoniser l’Empire ?

Le principal problème que pose historiographiquement l’Empire, c’est la place accordée à la personne de Napoléon Ier et les opinions très polarisées que celui-ci suscite. Légende dorée et légende noire de l’Empire sont en réalité beaucoup plus des légendes dorées et noires de Napoléon Ier. Dans un cas, on loue le génie militaire, réformateur, conquérant glorieux à l’énorme capacité de travail ; et dans l’autre on dénonce l’arriviste, l’hypocrite, le boucher et l’esclavagiste. Le problème est ici un peu le même qu’avec Robespierre dans la Révolution française : en focalisant tous les enjeux sur un acteur important, on tend à oublier tous les autres et à déplacer toute responsabilité, bonne ou mauvaise, sur un seul. Les guerres dites napoléoniennes, le Code civil, le rétablissement de l’esclavage et ainsi de suite doivent-ils pourtant tout à l’unique volonté de l’Empereur, détachée de tout contexte ?

L’exemple du rétablissement de l’esclavage est assez parlant. Aujourd’hui, beaucoup l’attribuent avant tout à l’individu Napoléon, dépeint de fait comme particulièrement raciste, et laissant penser (même quand c’est involontaire) qu’un autre acteur mieux intentionné aurait eu toute latitude pour agir autrement. C’est peut-être oublier alors très vite que le biais raciste sous-tendant l’esclavage était alors bien plus étendu qu’au seul Napoléon ou au lobby colonial. C’est également oublier que la Révolution elle-même n’avait pas aboli l’esclavage de gaîté de cœur : celle-ci s’était surtout faite début 1794 devant le fait accompli, face à la révolte des esclaves de Saint-Domingue, et s’inscrivait dans le cadre plus large de la question coloniale et de la lutte contre l’Angleterre. L’idée en abolissant l’esclavage était aussi d’espérer que les esclaves trouveraient alors intérêt à lutter pour défendre les colonies contre les Anglais, esclavagistes. De la même manière, plus qu’aux idées racistes de Napoléon, c’est aux cyniques calculs politiques qu’il faut attribuer le rétablissement de l’esclavage sous sa direction, que ce soit – toujours – dans le cadre des luttes coloniales contre l’Angleterre, ou également pour se mettre dans la poche les principaux acteurs du lobby colonial. Dans tous les cas, la leçon de l’histoire est certainement plus pertinente lorsque l’on prend conscience que de telles décisions ne dépendaient pas uniquement de la bonne (ou mauvaise) volonté des acteurs, mais de dynamiques plus larges : déjà avant la Révolution, les partisans les plus radicaux de l’abolition savaient qu’elle serait lente et dure à mettre en place ; et lors de son adoption, les faits furent bien plus ambigus que la théorie. En témoignent toutes les possessions coloniales qui refusèrent de l’appliquer et étaient trop éloignées pour être rappelées à l’ordre (ou choisirent carrément de passer à l’ennemi). Inversement, cela ne signifie pas pour autant comme le prétendent les fanatiques de l’Empereur que tout le monde soutenait l’esclavage à l’époque. Les esclaves, bien entendu, avaient de bonnes raisons de s’y opposer, et ils n’étaient pas les seuls, comme en avaient témoigné les amples débats sous la Révolution. Décentrer le regard de Napoléon, c’est donc aussi pouvoir replacer cette question dans une chronologie plus large.

Napoléon rédige le code civil pendant qu'un vieil homme, allégorie du temps, lui remet une couronne de laurier
Dans ce tableau de 1833, le peintre Jean-Baptiste Mauzaisse représente un Napoléon couronné de laurier par l’allégorie du Temps, en train d’écrire le Code civil que lui reconnaîtra la postérité. La mémoire française sur le sujet est à peine moins caricaturale. Peut-être, pourtant, faudrait-il, là aussi, décentrer le regard.

Le cas du Code civil est tout aussi intéressant : s’il est inévitablement lié à l’Empereur au point d’être parfois surnommé « Code napoléon » (ce qui est évidemment voulu par la propagande impériale), on peut difficilement considérer que son caractère profondément patriarcal, ou que la focalisation sur la question de la propriété, soient exclusivement napoléoniennes. La continuité avec l’héritage révolutionnaire est ici très nette, et pas seulement avec la période du Directoire. L’éviction des femmes de la Révolution s’était faite bien avant, sous la Convention, et les opposants à cette décision avaient été bien rares. De même, la centralité de la propriété privée n’avait pas même été remise en cause par les Montagnards et, même pour Robespierre souvent vu aujourd’hui comme proto-communiste, l’égalité des biens était « une chimère ».

De tout cela doit donc ressortir un constat : ce n’est pas tant Napoléon qui a transformé l’État à l’image de ses ambitions, que les ambitions de toute une classe sociale qui ont trouvé leur incarnation dans sa figure. Ceci explique que, si toute une élite d’Empire a suivi Napoléon tant que le régime a été glorieux, elle n’en a pas moins été prête à le remplacer dès les débuts du Consulat s’il venait à perdre son aura. Comme Robespierre, Napoléon joue peut-être lui aussi d’une certaine manière le rôle de fusible pour tous les tenants d’une politique qui n’ont pas hésité ensuite à se désolidariser de lui pour continuer à exister. À la différence de Robespierre, cependant, cette centralité de la personne de Napoléon était totalement voulue par lui, et était devenue une caractéristique centrale d’un régime tourné autour de la figure du dirigeant et de la question du plébiscite.

Avons-nous d’ailleurs beaucoup évolué sur ces questions ? La Cinquième république, régime profondément bonapartiste dans son fonctionnement, nous conduit en réalité à continuer à raisonner de la sorte : on peut ainsi blâmer successivement « Sarkozy », « Hollande » et « Macron » pour des politiques aux inspirations finalement très similaires, mais qui ne nous empêchent pas à continuer à demander la démission des individus, comme si leur personne était à l’origine du problème plus largement posé par les structures…

 

Peut-on faire un bilan social et économique de l’Empire ?

Faire un bilan économique, social, démographique ou même culturel d’une période comme l’Empire est très difficile, de même que pour la Révolution, car les politiques économiques et sociales ont toujours des effets qui se révèlent sur un plus long terme. Difficile, donc, sur une période de 15 ans pour Napoléon, 25 en ajoutant la Révolution, de distinguer ce qui résulte d’un mouvement de plus longue haleine de ce qui est strictement lié aux différents régimes et à leurs politiques.

Ce qui est certain, c’est que la France de 1814 compte 30 millions d’habitants, soit deux millions de plus qu’au début de la Révolution. La Terreur et les guerres napoléoniennes, si elles ont coûté de nombreuses vies, n’ont donc pas eu un impact comparable aux grandes saignées du XXe siècle et ne doivent pas être surestimées. Cette population est en grande majorité rurale (70%), Paris et ses 650 000 habitants faisant figure d’exception (peu d’autres villes atteignant les 100 000. Une grande partie de la population est donc encore tournée vers l’agriculture et le petit artisanat rural.

Économiquement, le pays est à un croisement entre archaïsmes et modernité : si, dans certaines régions, les pratiques agricoles radicalement n’ont pas évolué depuis longtemps, la Révolution a malgré tout conduit à de grandes transformations, avec la fin du droit d’aînesse et la vente des biens nationaux. Si celle-ci a beaucoup profité à la bourgeoisie, des paysans aisés ont également réussi à accéder par ce biais à la propriété, changeant totalement leur rapport à la terre.

De même, le pays connaît une forme d’industrialisation, mais qui n’est pas celle que l’on pourrait imaginer. Si de grandes manufactures existent (et existaient déjà à la veille de la Révolution), le plus gros phénomène d’industrialisation à l’époque consiste en une proto-industrie, notamment rurale : des paysans utilisent le temps qui n’est pas consacré à leur travaux aux champs pour effectuer des travaux peu qualifiés pour le compte de patrons basés en ville (les marchands-fabricants). Cette première forme d’industrialisation se passe donc, paradoxalement, beaucoup dans les campagnes. Cela n’est pas anodin, car, en maintenant la France dans un état majoritairement rural, et en limitant les concentrations ouvrières urbaines jusqu’à la fin du siècle, ce type d’industrialisation influe de façon évidente sur le profil politique du pays.

Représentation d'un canut : à l'intérieur du logement, où apparaissent lit et table à manger, toute la famille travaille à la production du textile, sauf les plus jeunes enfants, jouant avec les animaux.
Cette peinture du XIXe siècle, difficile à dater précisément, représente un canut lyonnais traditionnel : l’activité pré-industrielle était alors encore mélangée à la sphère domestique, bien loin des usines de la fin du siècle.

 

Un héritage révolutionnaire encore bien présent

L’héritage de la Révolution est encore omniprésent dans la France de 1814 : nombre de ses protagonistes sont encore vivants, de même que ses idées. En « terminant » la Révolution, Napoléon en a aussi gravé dans le marbre un certain nombre d’acquis, pas toujours dans les faits, mais au moins dans les esprits. Ainsi, si le régime a pris un tour clairement autoritaire, les idées libérales restent malgré tout très présentes, qu’il s’agisse de liberté d’opinion, de presse, ou de croyance. Par le Concordat, puis la reconnaissance des cultes protestants et israélite, cette dernière liberté est pour ainsi dire gravée dans le marbre et il paraît peu probable de revenir un jour à une religion d’État écrasant toutes les alternatives, alors même qu’une part croissante de la population s’éloigne de l’Église.

Il en va de même pour le rapport à la politique : certes, la République a été totalement dévoyée durant le Consulat, et l’Empire a dans les faits achevé tout espoir de système parlementaire. Pourtant, les formes restent présentes, avec des assemblées soumises, certes, mais existantes, et qui ne vont plus tarder à s’affirmer dans la tourmente. De même, la pratique du plébiscite joue un rôle symbolique important : s’il s’agit d’une démocratie totalement dévoyée dans le sens d’un régime autoritaire, il n’en reste pas moins que la voix du peuple est appelée à légitimer ce pouvoir tout-puissant. Un symbole, certes, mais un symbole qui remet totalement en question l’idée même d’un pouvoir de droit divin. Par les clubs, les élections (notamment locales), les cérémonies, une part croissante de la population a appris à avoir, même de façon légère, la voix au chapitre, et même si cette voix reste faible, il s’avérera difficile de la faire taire.

Enfin, l’héritage de la Révolution trouve sa plus grande ambiguïté dans la notion d’égalité. Avec la fin des privilèges, avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, notamment, l’égalité de droit paraît acquise, malgré bien des restrictions, qu’il s’agisse des femmes ou des esclaves. Ces combats, qu’il s’agisse des luttes féministes ou contre l’esclavage, vont devenir le point de ralliement des plus avancés, mais plus largement, l’égalité d’accès aux fonctions, la fin du corporatisme, mettent en place un nouveau modèle sur lequel il sera, ici encore, difficile de revenir, n’en déplaise aux tenants de « l’Ancien Régime ». De même, la vente des biens nationaux a en partie redistribué les terres : certes, la petite paysannerie n’en a pas profité en majorité, et la bourgeoisie (ainsi que la noblesse) y ont trouvé leur plus gros avantage. Il n’en reste pas moins qu’en cassant ainsi les propriétés de l’Église, un énorme transfert de terres a eu lieu, qu’il devient difficile à renier un quart de siècle plus tard.

Le haut-clergé, évidemment, ne peut pourtant qu’espérer vainement le retour de ses anciens avantages. La situation de la noblesse est pour sa part différente. Contrairement à une idée reçue, la plupart des nobles français n’ont pas été guillotinés, pas plus qu’ils n’ont émigré en masse : la grande majorité a simplement vécu discrètement la période, rachetant même souvent ses propriétés nationalisées en passant par des prête-noms (certains ont même ainsi accru leur patrimoine !), et revenant peu à peu en état de grâce sous l’Empire. Il n’en reste pas moins qu’une minorité de nobles et d’ecclésiastiques qui ont émigré aspirent encore à rentrer en France et à rétablir une monarchie d’ancien type. Ces théoriciens réactionnaires, dont on reparlera, comme Joseph de Maistre et Louis de Bonald, dressent l’idée d’une Révolution presque satanique contre laquelle il s’agit désormais de riposter.

Portrait gravé de Louis de Bonald
Grand théoricien de l’ultraroyalisme, Louis de Bonald joue un rôle important au début de la Restauration : on lui doit notamment la loi interdisant le divorce, perçu comme un méfait de la période révolutionnaire…

À l’inverse, enfin, il ne faut pas non plus ignorer ceux pour qui la Révolution n’est évidemment pas terminée : ceux qui aspirent à une plus grande égalité, à de nouvelles mesures sociales. Ceux-ci doivent notamment composer avec l’héritage de la « Terreur », qu’il s’agit alors d’assumer ou de rejeter, et nombreux sont ceux qui vont, dans les décennies à venir, théoriser sur la Révolution pour anticiper les suivantes. Que l’on soit pour ou contre elle, en 1814, la Révolution ne laisse personne indifférent et compose un moteur puissant pour les réflexions, mais aussi clivants. Ces clivages se retrouvent d’ailleurs dans la situation internationale.

 

Les guerres napoléoniennes, du sommet à l’effondrement

Si elles prennent vite une proportion inouïe, les guerres napoléoniennes s’inscrivent malgré tout dans une plus large continuité, celles des guerres révolutionnaires et, plus largement, des rivalités séculaires entre puissances européennes. Avec la naissance des grandes armées de masse, la France, puissance démographique inégalée, peut légitimement faire peur à tous ses voisins et ceci explique en partie qu’elle ait réussi à tenir en échec tant de puissances coalisées pendant la période révolutionnaire.

Toutes les guerres napoléoniennes vont au final tourner pour beaucoup autour de la grande rivalité entre la France et l’Angleterre, qui n’est évidemment pas née avec Napoléon. Dès 1805, avec la défaite de Trafalgar, la France perd en effet tout espoir de battre sa rivale sur les mers, et donc de pouvoir débarquer dans les îles britanniques pour lui infliger une défaite. Plus encore, les Britanniques se révèlent alors libres de contrôler tout le commerce extérieur et le jeu colonial. D’où la politique de blocus continental imposée par Napoléon pour étouffer l’Angleterre, et qui conduit régulièrement à une succession de guerres pour tenter de le renforcer.

Carte de l'Empire français et de ses jeux d'alliances en 1812.
À son apogée, en 1812, l’Empire français comprenait 130 départements, sans parler des royaumes alliés de plus ou moins bonne grâce.

Il serait donc trop simplificateur de limiter les guerres napoléoniennes à la seule expression de l’ego démesuré de l’Empereur. Les dynamiques en jeu étaient bien plus larges et durables. Les effets, dans tous les cas, furent massifs. D’une part, ces guerres contribuèrent à faire naître partout en Europe des sentiments nationalistes qui devaient s’exprimer ensuite durant tout le XIXe siècle… et au-delà ! D’autre part, l’exportation d’une partie des idéaux révolutionnaires contribua à attiser les craintes des régimes les plus autoritaires. Enfin, et surtout, le coût humain et financier de la guerre conduisit peu à peu une part grandissante de la population française à remettre en cause l’Empire.

 

1814 : l’inévitable chute de l’Empire ?

En janvier 1814, la France est aux abois. Après avoir mené les armées françaises jusqu’en Russie, les guerres napoléoniennes tournent désormais au désastre face à une coalition massive impliquant, entre autres, Royaume-Uni, Prusse, Autriche, Russie, Suède, et de nombreux autres participants de moindre ampleur. Au tout début de cette nouvelle année, plusieurs centaines de milliers de troupes coalisées déferlent sur le territoire. La campagne de France s’engage, et le pouvoir ne fait d’ores et déjà plus l’unanimité. Napoléon subit en effet les reproches du corps législatif : il a en effet rejeté une proposition de paix autrichienne qui offrait de ramener la France à ses « frontières naturelles », terme ambigu qui la conduirait quoi qu’il en soit à perdre une bonne part des territoires acquis en Italie, au Pays-Bas, en Allemagne, et au-delà. Les Autrichiens espéraient-ils que Napoléon refuserait cette proposition et passerait pour un fauteur de guerre ? C’est en tout cas l’effet qu’elle a.

Or, de plus en plus de Français sont las de la guerre : celle-ci a ruiné le commerce extérieur, et les grands ports de négoce, notamment Bordeaux, n’aspirent qu’à la paix. La mobilisation massive de troupes fraîches pour remplacer celles perdues en Russie est aussi un nouveau coup pour la population, et le fait que les combats se rapprochent du territoire national, puis s’y déroulent, conduit plus encore à susciter l’inquiétude : guerre et occupation ne sont jamais agréables à vivre, et riches comme pauvres en craignent les dégâts. De fait, de plus en plus de notables peuvent, eux-aussi, souhaiter la paix, à tout prix.

Napoléon, sur fond de grisaille, chevauche devant ses troupes.
L’ambiance grise de ce tableau de Meissonier transmet bien l’image qu’il voulait donner de la campagne de France : une ambiance de fin de règne.

Or, la campagne de France est mal engagée, malgré plusieurs réussites françaises. Les forces coalisées sont trop nombreuses et puissantes pour être arrêtées, et, début 1814, les propositions de paix n’impliquent plus les frontières « naturelles » de la France (susceptibles de contenir la rive gauche du Rhin, jusqu’à la Rhénanie et la Belgique), mais seulement les frontières de 1792. Napoléon, une fois encore, s’y refuse.

Jusque-là, pourtant, les puissances alliées étaient tout à fait prêtes à établir une paix avec lui : la restauration monarchique et le renversement de l’Empereur n’étaient pas dans leurs objectifs. Le refus de paix de celui-ci change la donne : début mars, les coalisés s’accordent pour ne pas signer de paix séparée tant qu’il n’aura pas été renversé. Mais qui mettre à la place ? Tous ne s’accordent pas et ont des intérêts divergents : une chose est certaine, les Bourbons ne sont pas le choix incontournable et évident qu’ils espéreraient être. L’Autriche serait ainsi favorable à une succession impériale, avec une régence par l’impératrice Marie-Louise… qui se trouve venir de la famille impériale autrichienne et servirait donc ses intérêts. Solution, on s’en doute, inenvisageable pour les autres puissances, qui ne voudraient surtout pas voir une France, encore puissante, associée à l’Autriche. La Russie, pour sa part, préférerait aux Bourbons Bernadotte : cet ancien maréchal de France est alors Prince héritier de Suède (et régent de ce pays), mais sa présence à la tête d’une armée coalisée ne joue pas en sa faveur. Pour la Prusse, l’important reste d’affaiblir la France. Quant aux Britanniques, ils sont favorables aux Bourbons (Louis XVIII est alors en exil chez eux), mais souhaitent avant tout que leur restauration, si elle doit avoir lieu, soit le fait des événements intérieurs.

Quant aux Français eux-mêmes, qui soutiennent-ils ? Difficile de le dire : la situation varie énormément selon les régions, selon le poids de la guerre, et les tendances politiques. Napoléon est avant tout condamné comme fauteur de guerre. Quant aux Bourbons, ils ne sont les prétendants légitimes que pour une partie des royalistes, d’autres préférant de longue date un candidat plus libéral comme le duc d’Orléans. Quant à l’entourage de l’Empereur, il joue également sa propre partition : alors que celui-ci s’est replié à Fontainebleau, ses maréchaux l’enjoignent à abdiquer, ce qu’il finit par faire. Quant au Sénat et au Corps législatifs, ils sont habilement manipulés par Talleyrand qui tente de les utiliser pour obtenir une restauration dont les institutions correspondent à ses intérêts. Les Bourbons, enfin, ne sont pas passifs dans ce jeu. Le prochain épisode reviendra donc sur les conditions de leur retour au pouvoir.

 

Pour aller plus loin

Sur l’Empire, deux références actuelles permettent de remettre la période en perspective. L’Empire des Français, d’Aurélien Lignereux (Seuil, 2012) est une somme actuelle et « dénapoléonisée » de la période : l’auteur a également donné une passionnante interview à André Loez pour Paroles d’histoire.

Révolution, Consulat, Empire de Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagalli (Belin, 2009), permet pour sa part de replacer le régime dans une temporalité plus longue. Concernant la Restauration, une bibliographie plus dense sera invoquée pour les prochains épisodes, mais sur la question du retour même des Bourbons, La France sous la Restauration, de Francis Démier (Gallimard, 2012), est le volume le plus détaillé et à jour.

2 commentaires sur “La France en 1814

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  1. l’histoire contemporaine est écrite par les vainqueurs ou des passionnés selon le prisme de leur époque et celle d’une aventure intellectuelle personnelle, toujours et partout et bien que les faits soient têtus.
    Le fond de l’affaire et la seule affirmation qui vaille pour dépasser « l’impossible » récit historique : Existe-t-il une VÉRITÉ en politique ?
    Si oui, tout peut s’organiser au présent, au passé et dans l’avenir parce qu’ existe alors des permanences, des invariants.
    Sinon tout est contingent et confrontation de forces qui dépassent l’individu et qui redistribuent aveuglément les cartes dans l’instant qui passe.
    D’où l’imperieuse question religieuse, celle du sens, qui sous-tend la vie des personnes et des sociétés.

    Si tout se vaut rien ne vaut.

    … Nous sommes historiquement issus du « baptême de Reims », de l’édit de Milan et de la Résurrection du Christ Jésus Sauveur.
    Et, la nature commande que le chaos qui est négation de la VERITE ne l’emporte jamais, tant la nature à horreur du vide.

    Conclusion : Seule la Vérité nous rend libres en nous donnant la vie, la croissance et l’être. Le reste, nous l’aurons par surcroît, y compris de bons historiens qui sauront nous dire d’où nous venons pour savoir où nous allons finalement.

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  2. PS : Evidemment, je suis « légitimiste », pour l’application des « lois fondamentales du Royaume », l’accession de Louis XX au trône de France puisque héritier de la couronne et dernier des capétiens actuellement vivant, pour « l’alliance du trône et de l’autel »… pour la monarchie absolue de droit divin.
    http://www.viveleroy.net

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