Que penser d’Henri Guillemin ?

Depuis quelques années et à la faveur d’Internet, l’historien Henri Guillemin connaît un regain d’intérêt considérable. Agrégé de lettres né en 1903 et mort en 1992, il s’est d’abord intéressé aux auteurs du XIXe avant de rebondir vers l’Histoire : il est vrai que bien des écrivains de l’époque, tels Victor Hugo ou Alphonse de Lamartine, ont également joué un grand rôle politique, aussi littérature et science historique deviennent inséparables. Après la Deuxième Guerre mondiale, Guillemin s’est installé en Suisse et c’est là-bas qu’il a enregistré pour la RTS les conférences qui le rendent aujourd’hui célèbre.

Henri Guillemin photographié en 1980 par Erlin Mandelmann (CC-BY-SA)
Henri Guillemin photographié en 1980 par Erlin Mandelmann (CC-BY-SA)

 

Guillemin, c’est la voix d’un passionné qui s’emporte lorsqu’il raconte, un une quinzaine de séquences d’une demi-heure, l’histoire de la Commune de Paris ou, sous le même format, de la IIIe République. C’est aussi parfois un iconoclaste qui démonte méthodiquement Napoléon Ier en 18 épisodes (dont trois sont aujourd’hui perdus). Le format est généralement austère : assis à son bureau, Guillemin parle face caméra ; cela n’a pas grande importance en réalité, il est fait pour être écouté, plus que regardé. Mais c’est aussi un auteur à la bibliographie foisonnante.

Le style Guillemin et ses admirateurs : l’histoire vue du côté des petits ?

Ce qui le rend si particulier ? Son style, et sa tendance aussi à dire ce qui se disait peu à son époque. Oh, ses analyses les plus pertinentes ne sont aujourd’hui plus des tabous, loin de là, et une bonne partie des choses qu’il dénonçait comme « tenues secrètes » ou « non dites » sont aujourd’hui reconnues sans problème par les historiens rigoureux et universitaires. Guillemin, en effet, est un chrétien de gauche, qui aborde les sujets à travers ce prisme-là. Le pouvoir de l’argent, l’action des possédants, sont ainsi ses principales grilles de lecture de l’Histoire ce qui aboutit souvent à des conclusions et analyses intéressantes, mais parfois assez bancales.

On m’a plusieurs fois demandé (notamment des étudiants en quête de références) si Guillemin était fiable. Il est vrai que l’on peut parfois se poser la question. Tapez son nom sur Google, et très vite, vous verrez ressortir Égalité et réconciliation et autres sites de la sphère complotiste ou, dans une moindre mesure, le site d’Etienne Chouard qui a notamment publié une version électronique de Silence aux pauvres !, ouvrage de Guillemin sur la Révolution publié à l’occasion de son bicentenaire. On peine pourtant sur bien des points, à voir où la pensée soralienne peut rejoindre les propos de Guillemin, et il s’agit certainement pour cette sphère très douée en matière de communication de récupérer à son compte une source d’information « subversive ». Soyons clairs, de ce point de vue : vous ne trouverez pas chez Guillemin de complot sioniste et autres fadaises du genre. On comprendra en revanche mieux l’admiration de Chouard pour le personnage, dans la mesure où Guillemin défend une idée de la démocratie qui se rapproche de ses conceptions sur le sujet.

Guillemin n’est donc pas un facho, c’est une bonne chose de prise (du reste, son émission sur Pétain pourra être brandie sans difficulté contre tout Zemmourien un peu résistant). Mais tous les non-fachos non-complotistes ne sont pas pour autant de bons historiens. Que penser alors de son travail ? Guillemin est, tout d’abord, un vulgarisateur de génie. Sur ce point, l’écoute de ses conférences est un plaisir. Attention, ce n’est pas facile à écouter pour autant : Guillemin fait partie de ces gens qui partent du principe que l’auditeur n’est pas idiot. Une chose qui tendait déjà à se perdre à son époque, et qui est totalement oubliée de nos jours. Pour un spectateur habitué à une réflexion rapide et superficielle, étalée sur quelques minutes ; le format télévisuel classique, ou à une étude des sujets les plus sexy (la classique peoplisation de l’Histoire façon Bern), se plonger dans ses longs cycles assez approfondis pourra surprendre et demander un effort de concentration. Mais Guillemin a l’avantage, une fois qu’on est décidé à écouter quelque chose d’intelligent, de parler de façon très compréhensible, pas jargonneuse, et humaine. Quelle que soit la qualité du fond, celle de la forme est donc là, et Guillemin a dans tous les cas le mérite d’ouvrir l’auditeur à pas mal de sujets peu médiatisés.

Sur le fond, maintenant, les choses doivent déjà être plus nuancées. Guillemin, en analysant le rôle des « gens de bien, c’est-à-dire les gens qui ont du bien », souligne souvent des choses peu connues, comme la pensée voltairienne désireuse d’un pays « bien organisé » où le plus petit nombre vit du travail du plus grand. Il parle avec sincérité, et a par exemple le mérite de parler de façon pondérée de personnages comme Robespierre. Homme de principes, en revanche, Guillemin est prompt à juger très sévèrement tous ceux qu’il juge menteurs ou manipulateurs, pour qui il n’a alors plus aucune pitié. S’il ouvre des réflexions intéressantes, par exemple lorsqu’il rappelle la pertinence, pour les classes dominantes, d’adopter une république bien contrôlée plutôt qu’une monarchie facilement renversée par le peuple, Guillemin sombre parfois un peu trop dans l’idée que les choses sont clairement organisées au détriment du peuple. Il peine ainsi à saisir ce que pouvait être la pensée de l’époque sur certains points, et simplifie de fait certains faits en sombrant dans le manichéisme. Plus, il a parfois tendance à donner un peu trop de crédit à des théories assez peu étayées.

Un cas concret : Guillemin et Valmy

Prenons un exemple : la bataille de Valmy. Guillemin en parle dans Silence aux pauvres ! comme d’une bataille au résultat déjà prévu en amont par les négociations entre Danton et le chef des armées d’invasion, le duc de Brunswick. Après avoir expliqué quels arguments aurait pu utiliser Danton, sans apporter de précision sur lesdites négociations, il écrit : « Quelle qu’ait pu être la part respective des raisons diverses qui l’emportèrent dans la décision du roi de Prusse, toujours est-il que Danton réussit son coup. Le combat que Danton cherchait avec angoisse le moyen d’esquiver, ô merveille il n’aura pas lieu et sera remplacé, c’est entendu, par un simulacre. L’infanterie prussienne n’attaquera pas, attendant de pied ferme un assaut français qui ne se produira pas davantage. Et c’est ainsi que s’étirera la journée dite de Valmy, 20 septembre 1792 : l’armée française et l’armée prussienne sont restées du matin au soir face à face, sans que ni l’une ni l’autre ne s’avance pour un corps à corps. »

C’est ignorer bien des choses : d’une part, Guillemin ne donne à aucun moment de sources pour son histoire d’accord ; et pour cause ! Il n’y en a pas. La lecture de l’ouvrage Valmy de Jean-Paul Bertaud, qui cite abondamment les textes d’époque, donnera pas mal d’informations au lecteur curieux. Abrégeons ici : la bataille de Valmy fut effectivement une canonnade en premier point ; étaient d’ailleurs réunies les plus grandes batteries d’artillerie jamais vues sur un champ de bataille, augurant d’une toute nouvelle façon « moderne » de faire la guerre. Mais pour le reste, la guerre se fait à l’ancienne, en premier lieu avec pour but d’économiser les hommes. À l’époque, on a encore pour habitude d’avoir recours à de très coûteux mercenaires, et les vies sont rarement dépensées de façon industrielle comme on le verra sous Napoléon ou, plus tard, lors de la Première Guerre mondiale. Le but de l’offensive n’est pas d’anéantir l’ennemi, mais de le placer dans une situation telle qu’il doive renoncer au combat. Dans le cas de Valmy, l’armée d’attaque est prise entre une armée française très inférieure en nombre, de Kellerman, postée sur une hauteur (position toujours plus aisée à défendre. Une armée de renforts, menés par Dumouriez, menace qui plus est. L’infanterie n’est pas restée totalement inactive : les armées de Brunswick ont tenté une avance, persuadée que l’armée française, mal entraînée, se débanderait. Mais Kellerman est parvenu à maintenir les troupes en place. Brunswick était connu pour son tempérament hésitant, et c’est suite à cela qu’il a ordonné le repli, l’attaque ne s’annonçant pas aussi aisée que prévue. Surtout, le duel fut loin d’être factice pour les soldats engagés, et les pertes dues à l’artillerie furent avant tout limitées par un facteur que les généraux n’auraient pu choisir : le sol détrempé par la pluie, sur lequel les boulets s’enfonçaient au lieu de ricocher.

Par les preuves dont nous disposons, il n’est pas possible d’attribuer la victoire de Valmy à un complot, mais cette victoire est restée en travers de la gorge de beaucoup, notamment des royalistes, qui ont considéré comme impossible qu’une armée pour bonne part populaire ait remporté une victoire. Les royalistes appréciaient peu Brunswick, aussi ont-ils rapidement imaginé un complot, peut-être lié à son appartenance supposée à la franc-maçonnerie. Rien n’étaye leur théorie à l’époque, pas plus qu’aujourd’hui. Guillemin n’est pas royaliste : cette théorie lui sert pour sa part à justifier les agissements de la bourgeoisie qui se serait ainsi débarrassée de la populace parisienne la plus agitée en l’envoyant au combat, mais aurait craint une défaite assurée et cherché à l’éviter. C’est, certainement, aller un peu loin pour peu de choses.

La bataille de Valmy ne fut certainement pas le combat épique et ténébreux peint ici par Horace Vernet... mais ce n'est pas non plus le coup monté relaté par Guillemin.
La bataille de Valmy ne fut certainement pas le combat épique et ténébreux peint ici par Horace Vernet… mais ce n’est pas non plus le coup monté relaté par Guillemin.

Et voici le principal problème de Guillemin : il dit énormément de choses intéressantes mais, souvent, sa méthode est limitée : souvent, il essaie de mentionner des sources, des documents, des déclarations, ce qui est très bien. Trop souvent, il leur donne un caractère de généralité, faisant des mots d’une personne un résumé d’une pensée plus générale. On quitte alors le stade du fait pour celui de l’hypothèse, qui doit être alors assumée comme telle, ce qu’il ne fait pas toujours. Enfin, et c’est le cas quand il parle de Valmy, il lui arrive parfois d’oublier totalement toute source lorsqu’il s’aventure dans des secteurs plus épineux.

Erreurs ou falsifications volontaires ?

De la même manière, Guillemin a souvent été accusé de tirer des phrases hors de leur contexte, de les tronquer. Je prendrai ici un exemple : souvent, Guillemin cite la pensée de Voltaire, selon laquelle « un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ». J’ai cherché, sans succès, l’origine de cette citation précise que l’on ne retrouve nulle part dans les textes de Voltaire. On peut en revanche lire dans le chapitre 155 de son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations la citation suivante : « L’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand, est nourri par lui, et le gouverne ». Faut-il voir là une grande différence ? Dans la première citation, Voltaire ferait, de façon péremptoire, l’éloge de l’oligarchie. Dans la version originale, il en fait surtout le constat : à son époque, effectivement, ceux qui font l’identité de la nation sont la minorité qui vit grâce à la majorité. Est-il satisfait de ce système ? C’est probable, mais Guillemin semble ici avoir modifié la citation pour la rendre plus percutante.

De même, sa série consacrée en 1969 à Napoléon (à l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’empereur) lui a attiré de nombreuses critiques. L’idée originale était bonne : démystifier le personnage trop souvent placé sur un piédestal est une chose à faire, absolument. La forme l’est moins : citations à l’origine parfois douteuse, contradictions dans le discours de Guillemin, insistance sur des points anecdotiques et mal référencés (la sexualité supposée déviante de Napoléon)… la critique construite dérive trop souvent vers l’attaque de caniveau. Guillemin lui-même a par la suite reconnu avoir bâclé cette série.

À l’inverse, ses écrits sur Robespierre continuent à être très bien perçus par les historiens de la Révolution française. Son Robespierre, politique et mystique, si ses conclusions ne font pas consensus, est reconnu pour avoir cherché à comprendre la pensée religieuse du révolutionnaire. Sa conférence sur l’homme est également souvent citée en réponse aux documentaires reprenant la légende noire du personnage.

Du bon, donc, voire du très bon, mais aussi du très mauvais : il y a, chez Guillemin, de tout, et il s’agit de faire un tri. À l’écoute de ses conférences, on peut ainsi buter sur un point gênant, et se demander si ces défauts concernent la majorité de ce qu’il raconte, ou s’il s’agit d’exceptions au sein d’un bel ensemble. Vaste débat : je n’ai pas les compétences pour répondre sur tous les sujets qu’il a étudiés, mais pour ceux que j’ai écoutés, il m’est arrivé de penser « hum, ça part bien mais ça dérive trop loin » à plusieurs reprises.

Faire le tri, concernant Guillemin comme les autres

Alors, que penser d’Henri Guillemin ? Ni blanc, ni noir : si vous devez écouter un vulgarisateur, mieux vaut, mille fois, que ce soit lui plutôt qu’un Franck Ferrand, un Stéphane Bern, un Lorant Deutsch ou un Dimitri Casali (pour ne citer qu’eux !) dont les approximations et simplifications sont bien plus nombreuses, et dont les partis pris influent bien plus sur les faits qu’ils « oublient » de mentionner. Vous passerez, devant Guillemin, de bons moments, et des moments instructifs ; il vous poussera à réfléchir sur des questions qui ne sont pas forcément évidentes, et vous rappellera que l’Histoire est, effectivement, un terreau fertile à partir duquel il faut réfléchir.

Mais, comme nous-mêmes, comme tout historien d’ailleurs, Guillemin n’est pas exempt de défauts, et son œuvre doit être lue, digérée, critiquée et contrebalancée par d’autres travaux sérieux et de qualité. C’est un travail plus long, plus difficile, mais l’esprit critique ne s’acquiert que lorsqu’on cesse de vouloir trouver la bonne version ou la bonne parole. Lisez Guillemin, donc ; en gardant à l’œil ses faiblesses, en comprenant sa pensée et les travers vers lesquels elle peut l’entraîner ; et lisez-en d’autres, ensuite. Rappelez-vous toujours que s’il existe de sombres incompétents qu’il est inutile de lire ou d’écouter, il n’y a aucune personne suffisamment infaillible pour que l’on se permette de ne prendre en compte que ses seuls propos.


Edit : 23 novembre 2015

Cet article a été adapté en vidéo sur notre chaîne YouTube : « Henri Guillemin est-il fiable ? »

14 commentaires sur “Que penser d’Henri Guillemin ?

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    1. Je n’aime clairement pas Napoléon. Mais je n’ai pas besoin, pour cela, d’aller inventer des fantaisies masturbatoires ou des fausses lettres supposées prouver qu’il parlait mal français pour le dire. Il suffit de bien savoir analyser son régime. Idem dans le cas de Voltaire : se livrer à du bashing n’a aucun intérêt. Analyser honnêtement ses textes, beaucoup plus. Il y a bien plus de mérites à aboutir à une conclusion sans modifier les faits.

      Par ailleurs, je ne juge pas Guillemin : il est capable de faire également des choses très bien. Simplement, je montre ici qu’il est également capable de raconter de grosses conneries. J’ai pris trois exemples qu je maîtrisais ; mais le fait qu’il se plante sur ces trois sujets montre qu’il peut se planter sur d’autres. Nul n’est infaillible, et c’est bien ce que je voulais démontrer ici. Guillemin, comme tous les autres, doit être décortiqué et critiqué car il n’est pas plus infaillible qu’un autre.

      Alors bien entendu, il m’est plus facile de taper sur des réacs comme Lorànt Deutsch dont je ne partage pas les idées. Personnellement, mes convictions politiques me pousseraient volontiers à écouter Guillemin les yeux fermés, car ce qu’il dit me plait. Mais être critique avec ceux qui pensent comme nous, c’est primordial, car c’est par eux qu’on se laisse le plus facilement abuser. Je n’ai jamais dit qu’il fallait le jeter à la poubelle : je ne suis pas du genre à tirer des conclusions aussi radicales et à voir tout en noir ou tout en blanc. J’appelle juste à la méfiance et à la réflexion, comme pour toute chose.

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      1. C’est juste, mais reconnaissez que, même dans sa série imparfaite sur Napoléon, Guillemin site la plupart de ses sources ! D’ailleurs, malgré ses défauts, je continue à préférer la série de Guillemin sur Napoléon, à toutes les autres vulgarisations que j’ai pu voir sur le personnage, car malgré ses partis pris, je la trouve plus honnête que les hagiographies, déguisé, qu’on continue à se bouffer à la TV

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  1. Étant donné que je commence une thèse sur la mémoire de la bataille de Valmy, je suis ravie de tomber par hasard sur ce genre d’articles. Merci en tout cas pour cet excellent article, j’apprécie beaucoup Guillemin, mais j’aime également qu’on puisse le critiquer… C’est tout de même dommage, lui qui aime les sources et la vérité, qu’il utilise sans le vouloir un mythe issu de la propagande royaliste pour parler de Valmy !

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    1. C’est un sujet de thèse très intéressant : je trouve qu’en histoire, la question de la réutilisation des événements et de leur récupération est souvent passionnante. Dans le cas de Valmy, je crois que Guillemin s’est pas mal aveuglé dans la critique de Danton et a cherché à lui rajouter ce point là à charge. Mais j’avoue ne pas bien comprendre en quoi cette manipulation assez grosse s’inscrit dans son raisonnement, à part pour rajouter à la dimension du Danton comploteur. C’est un peu le problème de Guillemin, il a tendance à voir des complots partout, là où souvent, il y a eu coïncidence, ou conjonction d’intérêts. Quelque chose qui est assez gênant, car finalement, même quand on veut s’engager, il faut prendre en compte ça si on veut avoir une vision réaliste du monde. C’est particulièrement valable aujourd’hui, d’ailleurs, où les puissants d’aujourd’hui (ceux que Guillemin se serait réjouit de condamner) se réjouissent de voir bien des gens sombrer dans le complotisme : se faisant, ils ne voient pas les rouages plus subtils… et ne les remettent pas en cause.

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  2. On ne fait pas l’Histoire et je dirais même qu’on ne comprend pas l’Histoire sans prendre parti. C’est un peu facile d’arriver après Guillemin et d’avoir l’air de tout savoir. Qu’il ait fait des erreurs, Guillemin l’a admis lui-même et il était suffisamment humble pour accepter d’être corrigé. Quant à l’Histoire, revenons-y, elle est aujourd’hui conduite par des gens qui conspirent en permanence contre le bien-être des populations. Continuez de parler: votre vision ventre-mou-je-ne-prends-pas- parti-je-suis-objectif-je-ne-juge-pas n’a strictement aucune intérêt, même pour l’historien véritable. Quant à penser critiquer toute une oeuvre avec un si petit article, on est en pleine rigolade. Tout ceci manque d’humilité.

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    1. Des gens qui conspirent en permanence ? Mon pauvre ami : ils n’ont pas besoin de conspirer, malheureusement. Ils font tout sous nos yeux ouverts, le clament haut et fort, et la plupart d’entre nous applaudit. Il suffit de voir l’état d’urgence, les lois sur la surveillance, la casse du code du travail, la destruction programmée de la sécu, les cadeaux fiscaux aux plus riches. Rien de tout cela n’est dissimulé, rien. Ils n’ont même pas besoin de manipuler l’histoire ou quoi que ce soit, et c’est bien la pire chose. Lisez un seul ouvrage universitaire récent sur la Révolution, comme ceux de Jean Clément Martin, et vous y trouverez souvent les mêmes idées, plus approfondies, avec peut-être aussi plus d’autocritique et de méthode. Mais vous serez loin d’y trouver une quelconque propagande gouvernementale. Il suffit de voir, au contraire, comment historiens et archivistes se sont mobilisés quand des gens comme Sarkozy ont tenté de faire passer des lois pour « contrôler » l’histoire.

      En revanche, nous sommes bien d’accords, l’histoire médiatique et celle enseignée à l’école sont simplifiées au point d’en devenir des mensonges. Pour plein de raisons diverses, d’ailleurs. Culte du roman national, entre autres. Et qui critique ce genre de réutilisation ? Bingo, des universitaires, justement, comme les auteurs du bien violent « Les Historiens de garde » dirigé contre Deutsch, Ferrand, Casali, Buisson et autres réacs ; ou comme ceux du CVUH (Comité de Vigilance contre les Usages publics de l’Histoire), dont les articles sont loin de défendre les thèses gouvernementales… (http://cvuh.blogspot.fr/). Tout n’est pas parfait, bien entendu… M’enfin vient un moment où il faudrait se renseigner avant d’imaginer que tout est noir ou blanc, et qu’il n’y a que d’un côté les méchants historiens du Système(TM) et de l’autre les gentils diseurs de vérité. D’autant que ce genre de pensée binaire, c’est justement ce que désirent à tout prix les puissants : elle ne les menace pas réellement.

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  3. Placer sur le même rang Guillemin et ce trou du cul de Stéphane Bern c’est bien là l’expression
    d’une volonté de ramener au plus bas ce Grand Homme. Une négation bien organisée.

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  4. Je n’ai jamais compris pourquoi cette fameuse phrase du « petit nombre » qui fait travailler le ‘grand nombre » etait aussi scandaleuse aux yeux d’Henry Guillemin … Enfin, outre le fait que cette phrase n’est que factuelle et ne fait, à mon avis, pas particulièrement l’apologie de l’exploitation de l’homme par l’homme, Henry Guillemin a bien du lire dans sa vie d’autres phrases plus explicites et plus « éceurantes » àce sujet … y compris chez voltaire! Bien qu’il s’en soit toujours défendu, je pense qu’Henry était un brin iconoclaste… Tout au moins un subversif qui avait ses têtes… (et heureusement après tout)… sans doute son admiration pour Rousseau l’a t-il influencé : … lui a fait detester Voltaire, aimer Robespierre, charger Daton, …

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  5. Merci pour ce texte et la vidéo. Finalement vous identifiez chez Guillemin les mêmes défauts que lui-même s’attribuait. Je n’ai pas vu toutes ces conférences et je ne lis certainement pas suffisamment pour pouvoir critiquer son oeuvre, dans un sens positif comme négatif. Je pense qu’une dimension importante de Guillemin était sa dimension catholique qui l’amenait à accorder souvent plus d’importance (trop?) à la moralité des gens, qu’à leurs actes. Néanmoins on accordera à Guillemin le soucis constant de citer des sources (même si parfois elles étaient douteuses) et le mérite d’avoir tenté une représentation différente de l’histoire, à une époque où ce n’était pas forcément simple (« défendre » Laval en 60 il fallait oser).
    Quant à certains commentaires que j’ai vu plus haut, je ne vois pas comment on peut considérer que vous placiez Guillemin dans le même panier que Bern et consorts, ce n’est pas exactement ce que vous dites ou écrivez.
    Je les placerais tout de même dans le même panier pour leur reconnaître l’effort de raconter l’histoire et d’avoir éveillé la curiosité de gens sur des thèmes dont ils n’avaient probablement pas entendu parler (ou rien retenu) à l’école. Quant à Bern et consorts, on peut leur reprocher une vision un peu trop lisse de l’histoire mais entre leurs émissions (radio et télé) ou rien, j’ai fait mon choix. Libre à chacun derrière d’avoir un peu de curiosité. On pourra reprocher la même chose d’ailleurs à « Rencontres avec X » ou « Affaires sensibles » sur France inter mais je les écoute quand même avec délectation.
    L’offre de vulgarisation « historique » disponible en France est tout de même large à y regarder de plus près. Croyez-moi, je vis en Russie où le pacte Ribbentrop-Molotov n’a jamais existé.

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  6. Bonjour,

    Merci pour ces éclaircies. Je n’ai découvert qu’une lecture un peu plus appronfondie de Napoléon (je veux dire autre que les bribes scolaires qui me restent) via Henri Guillemin, mais j’aimerais beaucoup aller au-dela, faire un « crosschecking ». Avez-vous quelques références interessantes sur le sujet de Napoléon Bonaparte?

    Merci pour vos articles, videos et vos réferences/sources.

    Bon courage

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  7. Je suis très content d’avoir lu votre article, il me semble être la preuve concrète qu’aujourd’hui encore mes contemporains peuvent faire montre d’une grande intelligence, mais haute par la profondeur de sa subtilité. Tout comme Guillemin et Nietzsche, que je m’empresse de citer, vous êtres (à l’instar des grecques) « superficiel… par profondeur ».

    Comme j’ai eu peur en cliquant sur la référence de google « Que penser de Guillemin »; moi qui me suis tant posé cette question, mais quelle ne fut pas mon allégresse lors de la lecture de votre billet. Votre allusion aux sites identitaires, voir même l’intérêt que vous portez à H. Guillemin montrent l’étendue sincère de votre curiosité. Les gens cherchent des réponses; Guillemin en propose, f. Furet, A. soral, Pierre Rabhi, F. Fillon, j.Baudrillard, E. Zemmour, M. Kundera, J.L. mélenchon, P. Muray, M. Le Pen, M. De Montaigne… mon oncle Bernard et ma tante gertrude itou. Cette liste non exhaustive mêle volontairement le grain et l’ivraie; difficile d’être un bon meunier aujourd’hui et de faire de ce grain en vrac une bonne farine. Autrement dit : comment trier l’information? Information qui, aujourd’hui, prolifère et donc l’accès si facile soit-il demeure foncièrement biaisé par d’obscures algorithmes « googleiens » prosaïquement indexés sur les faibles échelles de valeur mercantiles et quantitatives qui font l’ordre du monde de notre époque. Je ne sais pas si vous êtes professeur mais votre discours sur Guillemin me semble être l’exact barycentre de la posture du chercheur, et donc de celui qui transmet. Malheureusement, combien de gens iront jusqu’à se questionner sur la pertinence du discours historique de Guillemin sans s’être arrêté aux gesticulations simiesques de C. Hanouna (au pire) ou propos incomplets/orientés/idéologiques/court-termistes/ trop lyriques/ trop cyniques/ trop mesquins/ pas assez rigoureux de n’importe quel locuteur accessible? Pour autant, j’encourage absolument ceux qui parviendront à ce niveau de remise en question à lire votre article et personnellement, je vous remercie de m’avoir proposé cette lecture. Lecture qui me conforte dans la compréhension que j’ai de H. Guillemin.

    En effet, mis à part la polémique, H. guillemin demeure pour moi une bordure paradigmatique. Loin de moi l’envie de me flatter en usant de termes barbares, mais je pense sincèrement qu’il est primordial de prendre au sérieux cette auguste chouette savante et désuettement télévisuelle. Votre article, le respect avec lequel vous traitez succinctement sa sensibilité historique, la franchise avec laquelle vous dénoncez ses travers, témoignent de votre considération à son égard et encore une fois je vous en remercie.

    Premièrement, H. Guillemin est un littéraire avant d’être un historien, son optique historique est teintée d’une saveur balzacienne; il abhorre le grand homme et, il est vrai, pèche parfois par excès de « réalisme » (en tant qu’école j’entends). H. Guillemin est aussi, en plus d’être un homme austère d’apparence mais profondément exalté en lui-même, un homme de gauche (d’où le coté exalté sans doute). « Le pouvoir de l’argent, l’action des possédants, sont ainsi ses principales grilles de lecture de l’Histoire ce qui aboutit souvent à des conclusions et analyses intéressantes, mais parfois assez bancales », votre analyse est juste mais sa conclusion, à demi-teintes, voir même en sympathie : « intéressante mais bancale », me semble être justement le ferment même de l’intérêt de la pensée de H. Guillemin.
    Guillemin est d’avantage une source historique, qu’un historien si l’on considère que l’histoire en tant que discipline historique a pour objectif une forme d’objectivité/de vérité/ de consensus… Ce n’est effectivement pas une source « académiques », chose qu’il aurait, par ailleurs, surement détesté devenir.
    Sa fibre littéraire le pousse à prendre en compte l’homme et ses mesquineries (il fut souvent attaqué en tant qu’historien des « petites phrases », du clapotis de l’histoire) dans son jugement des personnages historique, sa structure intellectuelle, résolument favorable au non « possédant », oriente ses sympathie, et ses convictions, en tant qu’humain trop humain, le poussent parfois à des approximations voir carrément à des arrangements douteux avec la réalité historique, j’en conviens. Pour moi c’est ce qui fait tout l’intérêt de la pensée de cet homme, qui personnellement, m’a vraiment encouragé à approfondir la mienne. En outre, j’aimerais vous faire remarquer que certains historiens moins décriés mais tout autant voir plus idéologues, usent aussi de demi-vérités et autres génuflexions intellectuelles et historiques.

    Je m’arrête la, je pense que je pourrais jacter des heures sur le cas Guillemin, ce qui explique d’ailleurs ma réaction à votre article.

    Encore une fois, merci pour votre contribution pour une sagesse commune et apaisée, sachez que je serai très heureux de pouvoir amorcer une discussion avec vous sur l’intarissable sujet qu’est H.Guillemin. Bien à vous, Félix.

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  8. Je suis très content d’avoir lu votre article, il me semble être la preuve concrète qu’aujourd’hui encore mes contemporains peuvent faire montre d’une grande intelligence, mais haute par la profondeur de sa subtilité. Tout comme Guillemin et Nietzsche, que je m’empresse de citer, vous êtres (à l’instar des grecques) « superficiel… par profondeur ».

    Comme j’ai eu peur en cliquant sur la référence de google « Que penser de Guillemin »; moi qui me suis tant posé cette question, mais quelle ne fut pas mon allégresse lors de la lecture de votre billet. Votre allusion aux sites identitaires, voir même l’intérêt que vous portez à H. Guillemin montrent l’étendue sincère de votre curiosité. Les gens cherchent des réponses; Guillemin en propose, f. Furet, A. soral, Pierre Rabhi, F. Fillon, j.Baudrillard, E. Zemmour, M. Kundera, J.L. mélenchon, P. Muray, M. Le Pen, M. De Montaigne… mon oncle Bernard et ma tante gertrude itou. Cette liste non exhaustive mêle volontairement le grain et l’ivraie; difficile d’être un bon meunier aujourd’hui et de faire de ce grain en vrac une bonne farine. Autrement dit : comment trier l’information? Information qui, aujourd’hui, prolifère et donc l’accès si facile soit-il demeure foncièrement biaisé par d’obscures algorithmes « googleiens » prosaïquement indexés sur les faibles échelles de valeur mercantiles et quantitatives qui font l’ordre du monde de notre époque. Je ne sais pas si vous êtes professeur mais votre discours sur Guillemin me semble être l’exact barycentre de la posture du chercheur, et donc de celui qui transmet. Malheureusement, combien de gens iront jusqu’à se questionner sur la pertinence du discours historique de Guillemin sans s’être arrêté aux gesticulations simiesques de C. Hanouna (au pire) ou propos incomplets/orientés/idéologiques/court-termistes/ trop lyriques/ trop cyniques/ trop mesquins/ pas assez rigoureux de n’importe quel locuteur accessible? Pour autant, j’encourage absolument ceux qui parviendront à ce niveau de remise en question à lire votre article et personnellement, je vous remercie de m’avoir proposé cette lecture. Lecture qui me conforte dans la compréhension que j’ai de H. Guillemin.

    En effet, mis à part la polémique, H. guillemin demeure pour moi une bordure paradigmatique. Loin de moi l’envie de me flatter en usant de termes barbares, mais je pense sincèrement qu’il est primordial de prendre au sérieux cette auguste chouette savante et désuettement télévisuelle. Votre article, le respect avec lequel vous traitez succinctement sa sensibilité historique, la franchise avec laquelle vous dénoncez ses travers, témoignent de votre considération à son égard et encore une fois je vous en remercie.

    Premièrement, H. Guillemin est un littéraire avant d’être un historien, son optique historique est teintée d’une saveur balzacienne; il abhorre le grand homme et, il est vrai, pèche parfois par excès de « réalisme » (en tant qu’école j’entends). H. Guillemin est aussi, en plus d’être un homme austère d’apparence mais profondément exalté en lui-même, un homme de gauche (d’où le coté exalté sans doute). « Le pouvoir de l’argent, l’action des possédants, sont ainsi ses principales grilles de lecture de l’Histoire ce qui aboutit souvent à des conclusions et analyses intéressantes, mais parfois assez bancales », votre analyse est juste mais sa conclusion, à demi-teintes, voir même en sympathie : « intéressante mais bancale », me semble être justement le ferment même de l’intérêt de la pensée de H. Guillemin.
    Guillemin est d’avantage une source historique, qu’un historien si l’on considère que l’histoire en tant que discipline historique a pour objectif une forme d’objectivité/de vérité/ de consensus… Ce n’est effectivement pas une source « académiques », chose qu’il aurait, par ailleurs, surement détesté devenir.
    Sa fibre littéraire le pousse à prendre en compte l’homme et ses mesquineries (il fut souvent attaqué en tant qu’historien des « petites phrases », du clapotis de l’histoire) dans son jugement des personnages historique, sa structure intellectuelle, résolument favorable au non « possédant », oriente ses sympathie, et ses convictions, en tant qu’humain trop humain, le poussent parfois à des approximations voir carrément à des arrangements douteux avec la réalité historique, j’en conviens. Pour moi c’est ce qui fait tout l’intérêt de la pensée de cet homme, qui personnellement, m’a vraiment encouragé à approfondir la mienne. En outre, j’aimerais vous faire remarquer que certains historiens moins décriés mais tout autant voir plus idéologues, usent aussi de demi-vérités et autres génuflexions intellectuelles et historiques.

    Je m’arrête la, je pense que je pourrais jacter des heures sur le cas Guillemin, ce qui explique d’ailleurs ma réaction à votre article. Encore une fois, merci pour votre contribution à la sagesse apaisée et sachez que je serai très heureux de pouvoir amorcer une discussion avec vous sur l’intarissable sujet qu’est H.Guillemin.

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