Le Directoire face à l’adversité (septembre 1797-début 1799)

En septembre 1797, le coup d’État de Fructidor an V fit rentrer le Directoire dans une nouvelle période : pour éliminer les royalistes qui menaçaient d’obtenir l’ascendant sur le régime, les « triumvirs » (Barras, La Révellière-Lépaux et Reubell) avaient eu recours à un coup de force avec appui militaire qui démontrait que la constitution de l’an III était difficilement applicable dans les faits. Désormais, pour maintenir leur république bourgeoise sans voir revenir en force ni les royalistes, ni la gauche néojacobine, ils devraient jongler avec les mesures d’exceptions, coups de force et autres manipulations.

Pendant ce temps, le Directoire restait en guerre et ses généraux rencontraient parfois de grands succès, ce qui n’allait pas sans nouveaux problèmes pour le régime. Parmi eux, depuis 1796, Bonaparte s’illustrait en Italie.

La campagne d’Italie : quand un général prend son indépendance

En 1796, la France avait deux ennemis principaux avec lesquels elle était encore en guerre : l’Autriche et l’Angleterre. Sur terre, l’Autriche était le plus gros problème car, à travers-elle, il s’agissait de livrer la guerre à ses possessions au nord-est de la France, dans l’actuelle Belgique notamment, mais aussi dans de nombreux états allemands appartenant alors à l’Empire. Les fronts étaient donc multiples, mais la cible principale était désormais Vienne, la Prusse étant sortie du jeu en 1795. Carnot prépara donc un plan assez clair : le coup principal devait être porté par les armées de Sambre-et-Meuse (Jourdan) et du Rhin-et-Moselle (Moreau) qui, à elles deux, alignaient 150 000 hommes. Dans le même temps, Hoche devait distraire les Anglais avec ses 15 000 hommes qu’il devait faire débarquer en Irlande pour y soutenir des insurgés (l’expédition d’Irlande, menée en décembre, fut un échec total). Enfin, dans le sud, Kellermann dans les Alpes et Bonaparte en Italie avaient théoriquement pour rôle de clouer les forces autrichiennes et leurs alliés du Piémont. Avec 50 000 hommes assez mal équipés, Bonaparte était donc théoriquement affecté à une mission globalement secondaire, dans une Italie tiraillée par les mouvements nationalistes et sous forte domination autrichienne… mais pas seulement.

Or, en utilisant habilement les velléités révolutionnaires de la région, en motivant ses troupes par la perspective de butins fructueux, et en étant entouré d’un état-major compétent, Bonaparte sut tirer parti de la situation. Ayant séparé les Piémontais des Autrichiens, il les força à se rendre, ajoutant au passage Nice et la Savoie aux frontières françaises. Vint ensuite la bataille de Lodi, en mai, qui lui permit d’acquérir une certaine gloire, puis la libération de Milan (car c’est bien ainsi que l’arrivée des Français fut alors perçue… dans un premier temps). Jusqu’en février 1797, l’armée d’Italie assiégea ensuite la forteresse de Mantoue, livrant plusieurs batailles contre les renforts autrichiens, notamment celles, célèbres, de Rivoli et d’Arcole (la mythologie développée autour de celle-ci et de la fameuse prise du pont contribua beaucoup à l’aura du général). Or, dans le même temps, les armées de Moreau et Jourdan s’enlisaient et, pire, reculaient. S’il est important de démystifier la figure napoléonienne, il n’en reste pas moins qu’il sut, lors de la campagne d’Italie, réformer son armée et la rendre extrêmement efficace, bien plus que les autres généraux français.

La bataille du pont d’Arcole (peinte ici en 1826 par Horace Vernet) fut un moment très important pour la propagande napoléonienne.

Dans le même temps, Bonaparte s’attaquait aux États pontificaux et à Venise, alors bien implantée dans le nord de la péninsule, accumulant de nombreuses richesses qui faisaient la satisfaction de son armée, et celle du Directoire qui remplissait ainsi ses caisses et, dans une certaine mesure, ses musées. La satisfaction était en revanche moins au rendez-vous chez les populations locales qui n’avaient pas leur mot à dire sur les projets et découpage futurs. Les Directeurs non plus, à vrai dire : lorsque la campagne fut achevée sur une défaite autrichienne, et qu’il fut évident que Bonaparte avait été l’artisan de la victoire, il fut aussi le signataire de la paix, sans en conférer à ses supérieurs. Le traité de Campo-Formio, signé en octobre 1797, est en effet son œuvre, sans approbation réelle des Directeurs. Par ce traité, Bonaparte assurait à la France le contrôle des Pays-Bas autrichiens et de la Lombardie. En retour, les terres prises à Venise étaient cédées à l’Autriche. Attiré par l’est, Bonaparte fit aussi annexer par la France les lointaines îles ioniennes, susceptibles de servir de base maritime en Méditerranée. Entre temps, il avait également créé deux « républiques sœurs » (la République cisalpine et la République ligurienne) : des états liés diplomatiquement à la France, et aux constitutions proches (qui servirent d’ailleurs souvent de laboratoire pour des essais divers et variés).

En Italie, Bonaparte s’était donc affirmé : son image publique était d’ores et déjà très soignée et sa popularité auprès de ses troupes était indéniable. Sa politique totalement personnelle du point de vue international ne pouvait qu’irriter le Directoire, mais l’exécutif ne pouvait rien y faire : l’armée d’Italie et son général rapportaient tout simplement trop, en termes de victoires et surtout de butin, si nécessaire pour combler la dette. Qui plus est, les Directeurs étaient susceptibles de dépendre, comme en fructidor, d’un pouvoir militaire fidèle. Ainsi, Bonaparte restait maître du jeu, sans être pour autant des plus appréciés par le pouvoir…

 

Le retour du balancier : les élections de l’an VI et Floréal

Celui-ci était de surcroît dans une position extrêmement délicate. Pour contrer la poussée royaliste qui avait conduit au coup de Fructidor, les modérés ont en effet dû former une alliance avec tous les républicains, et donc avec leur gauche, les néojacobins, qui espéraient évidemment profiter de la situation. De plus, tout fut fait pour éviter une percée royaliste aux élections de l’an VI, qui devaient survenir en avril 1798. Les modalités des élections furent modifiées, mais surtout, il fut décidé que le nouveau Directeur serait nommé non pas par les députés fraîchement élus, mais par le corps législatif tel qu’il existait avant l’élection. Tout était donc fait pour garder celle-ci sous contrôle. Parmi les Directeurs, notamment, Merlin de Douai fit assurer une importante surveillance dans les départements pour estimer l’état de l’opinion et, au besoin, assurer les scissions des assemblées électorales lorsque cela pouvait permettre de remporter les élections.

Malgré les redécoupages électoraux et les candidatures soutenues par le Directoire, les néojacobins parvinrent à réaliser une importante percée, tandis que l’abstention augmentait. La réaction des Directeurs fut immédiate : aidés de la majorité de députés modérés, ils parvinrent à effectuer une sorte de coup d’État légal, avec la loi du 22 floréal : profitant d’un certain nombre de scissions, la loi permettait en effet de faire annuler une bonne part des élections des candidats de gauche. Si un groupe néojacobin d’une centaine de députés subsistait, le raz de marée était endigué, au prix d’un nouveau déni de démocratie. L’opération ayant été très fortement guidée par l’exécutif, beaucoup y compris dans la majorité y virent une décrédibilisation de plus en plus forte du régime, désormais confisqué.

Dans la foulée, François de Neufchâteau fut désigné pour quitter le Directoire, et fut remplacé par Jean-Baptiste Treilhard. Nul ne releva alors qu’ayant quitté son siège de député moins de deux ans auparavant, il n’était pas légalement éligible. L’exécutif restait dans tous les cas contrôlé par des hommes aux idées proches : les triumvirs (Barras, La Révellière-Lépaux et Reubell) ainsi que Merlin de Douai, qui avait joué un rôle important dans l’opération électorale. Pour une année de plus, les choses allaient pouvoir se poursuivre.

 

La vie économique sous le Directoire

Il faut ici s’attarder un peu sur la politique économique du Directoire et ses implications pour la population. Comme on l’a déjà évoqué dans l’épisode précédent, le libéralisme était alors le maître mot après les expériences partiellement dirigistes de la Convention montagnarde. Le Directoire vit ainsi, après la fin du maximum, celle des régies chargées d’approvisionner les armées. Dans un contexte de guerre et de crise, cette libéralisation de l’économie n’eut évidemment pas les effets attendus.

Malgré cela, le Directoire fut aussi une période où le pouvoir tenta de rationaliser l’économie. François de Neufchâteau fit ainsi mener de grandes enquêtes statistiques, à une époque où le pays était encore peu connu dans le détail. De même, le gouvernement tenta de moderniser l’agriculture, en incitant à la diffusion des innovations, par le biais de prix et d’expositions ; c’est à cette époque que fut encouragée la diffusion de la pomme de terre, par exemple, qui devait aider à lutter contre les famines. Également, le pouvoir tenta d’encourager la reprise de l’industrie et du commerce, mais le climat économique ambiant incitait surtout à la spéculation, et dans ces milieux d’affaires, on vit des fortunes se faire et se défaire sans pour autant apporter de bienfaits concrets. Le libéralisme fortement encouragé par le régime ne permettait pas d’endiguer les comportements nocifs.

Ministre puis Directeur, François de Neufchâteau fit beaucoup pour mettre en place les appareils statistiques qui, dans les décennies suivantes, permirent aux pouvoirs successifs de mieux connaître l’état du pays.

 

Les choses restaient donc difficiles : climatiquement parlant, 1799 fut à nouveau une année difficile, entraînant de mauvaises récoltes. La famine continuait donc à guetter. La situation financière dominée par le manque de liquidités était également mortifère : le chômage explosait, entraînant misère et brigandage. L’activité des bandits de grand chemin fut un problème endémique sous le Directoire, qui nuisait très logiquement aux échanges, et des bandes faisaient parfois régner la terreur sur leur territoire, sans que le pouvoir puisse réellement lutter. Les « chauffeurs » (car ils avaient la réputation de brûler la plante des pieds des personnes qu’ils volaient pour savoir où ils cachaient leurs biens, avant de les massacrer et, parfois, les violer) suscitaient la peur dans les campagnes et rendaient la circulation très dangereuse. Ces bandes pouvaient parfois même prendre le contrôle de certaines localités, et outre leur origine dans la crise économique, elles incarnaient parfois également la prise de confiance de courants contre-révolutionnaires décidés à renverser la République. Plus significatif encore, la pauvreté entraîna une explosion telle du nombre de suicides que la publication des chiffres fut interdite. Économiquement, donc, le Directoire prouvait l’échec du libéralisme absolu qui était son maître mot.

 

Évolutions intellectuelles et religieuses

Du point de vue religieux, la période du Directoire fut très aléatoire selon la situation politique. Alors que l’après-Thermidor avait été marqué dans un premier temps par un net retour à l’athéisme, et avait conduit la République à ne plus salarier les cultes, le Directoire s’est peu à peu fait plus tendre avec le clergé réfractaire, permettant à ces prêtres de revenir s’occuper de leurs paroissiens tandis que les prêtres jureurs se faisaient plus rares et moins appréciés. De même, l’expression de la religion recommença à se faire visible, parfois au mépris de la loi, par exemple avec le retour des sonneries de cloches. Mais avec Fructidor et l’offensive du Directoire contre les royalistes, le clergé réfractaire eut à nouveau à souffrir : sommés de prêter un serment de « haine à la royauté et à l’anarchie », bien des prêtres réfractaires furent déportés, arrêtés ou même parfois exécutés. La pratique religieuse aussi évoluait : les églises se remplissaient, certes, à nouveau. Pourtant, les entorses aux enseignements religieux se faisaient aussi plus fréquentes : suicides et divorces se sont ainsi multipliés, marquant une prise de distance par rapport à la domination de l’Église.

Malgré cela, les alternatives à la religion restaient lettre morte. On vit ainsi naître dans le sillage du culte de l’Être suprême une nouvelle religion monothéiste du même type : la théophilanthropie, qui tentait de faire la synthèse entre les cultes autour de valeurs compatibles avec la République. Une partie du Directoire et des élites y adhéra un temps, avant de s’en retirer, nombre des pratiquants les plus influents étant proches des néojacobins. Le pouvoir tenta également d’instaurer un culte républicain par le biais de grandes fêtes, sur lesquelles il comptait garder le contrôle. Rien de nouveau ici : la démarche est dans la continuité de celle de Robespierre qui avait tenté de reprendre la main sur les grandes célébrations en limitant les fêtes populaires spontanées. Ces nouvelles fêtes firent l’objet d’un calendrier et de cérémonies très réglées, notamment tous les décadis, mais ne séduisirent qu’une élite cultivée. Elles ne parvinrent en revanche pas à séduire les masses populaires, qui ne disposaient pas du bagage culturel pour en saisir les nombreuses références.

Réunion de théophilanthropes. Ce culte fut finalement un échec, interdit dès les premières années du XIXe siècle. Les tentatives de le raviver furent toutes des échecs cuisants.

D’un point de vue très théorique, ces fêtes auraient également dû donner une éducation républicaine à la population, ce qui fut un échec. Du point de vue éducatif, la politique du Directoire fut également très ambiguë. Sous la Convention, des projets d’éducation nationale variés avaient vu le jour, même si aucun n’avait atteint son terme au vu du climat instable. Le Directoire revint sur tout ça, abandonnant toute idée d’éducation gratuite pour tous. Cet idéal d’égalité devant l’instruction disparaissait donc avec le changement du régime. Malgré cela, le Directoire fit beaucoup pour réformer l’éducation, créant des écoles centrales et améliorant l’enseignement secondaire et supérieur afin de former ses cadres. De fait, une nouvelle forme d’élite, plus modeste, vit le jour dans l’administration. Mais l’enseignement restait perfectible : l’enseignement regorgeait d’instituteurs illettrés ou teintés de religion, et l’insécurité totale des routes de campagnes limitait l’efficacité des écoles rurales.

Finalement, la culture sous le Directoire fut à l’image du régime : fondamentalement inégalitaire. Pour une élite, elle se développa fortement, avec la naissance de nouvelles formes d’art et d’architecture très inspirées de l’Antiquité, la multiplication des musées, la création de l’Institut, ou encore des Archives départementales. Plus encore, les conquêtes permirent également à la France d’acquérir (parfois seulement temporairement…) nombre d’œuvres d’art venues de l’étranger.

 

Bonaparte en Égypte et la 2e coalition

C’est dans ce contexte culturel que survient la célèbre campagne d’Égypte. Pour beaucoup de lettrés à l’époque, l’Égypte était un berceau de la civilisation à qui il s’agissait désormais d’apporter l’héritage des Lumières. Pour Bonaparte, il s’agissait également de marcher sur les traces d’Alexandre le Grand. Et, de façon plus prosaïque, l’Égypte était alors un terrain très instable, province ottomane soumise à l’agitation des Mamelouks, et y intervenir permettrait d’y faciliter le commerce. Mais c’est surtout dans le cadre de la guerre contre l’Angleterre que l’Égypte était cruciale : située à mi-chemin de la route des Indes, elle était un endroit stratégique pour le commerce colonial britannique. La contrôler, c’était donc entraver la puissance de ceux qui étaient désormais les derniers ennemis de la France, après la chute de l’Autriche. La France n’avait à vrai dire que peu d’autres possibilités d’action : sa flotte était faible, et Bonaparte, à qui on avait confié un plan de débarquement en Angleterre, avait conclu que l’opération était impossible. L’opération était enfin intéressante pour les Directeurs : elle éloignait Bonaparte de la scène politique française, alors que celui-ci avait été élu député (élection cassée, ce qui lui valait d’être considéré comme un jacobin, chose dont il joua par la suite).

C’est ainsi que Bonaparte et son expédition partirent de Toulon en mai 1798 pour débarquer à Alexandrie début juillet, en ayant réussi à éviter la flotte ennemie. Le début de la campagne fut teinté de gloire : le 21 juillet était remportée la « bataille des Pyramides » contre les Mamelouks de Mourad Bey. Bonaparte asseyait ainsi le contrôle de la France sur la région, et soignait sa légende. Dans la foulée, savants de toute sorte venaient en Égypte contribuant encore au rayonnement de l’expédition. Un mois plus tard, pourtant, la France connaissait un premier désastre en perdant sa flotte à la bataille d’Aboukir. Isolée, l’armée française marcha alors vers la Syrie et, après de premiers succès, Bonaparte échoua à assiéger Saint-Jean d’Acre durant l’été 1799. C’est le moment qu’il choisit pour confier le commandement à Kléber et rentrer en France : ainsi, le désastre qui devait s’ensuivre ne lui serait pas imputé. Kléber fut assassiné en 1800 et, dès l’année suivante, les Britanniques chassaient les restes de l’armée française d’Égypte. Mais entre-temps, Bonaparte avait su capitaliser sur la gloire des débuts de la campagne…

Le désastre de la bataille d’Aboukir coupait l’expédition de la France et contribua à en faire un échec total. Elle fut, logiquement, bien plus célébrée outre-Manche, la France préférant se souvenir de la victoire des Pyramides, bien plus favorable à la légende napoléonienne.

Par ailleurs, la France reconfigurait l’Europe, en créant des « républiques-sœurs », diplomatiquement soumises, qui servaient également de laboratoires politiques. Furent ainsi créées la République batave, la République helvétique, et plusieurs républiques italiennes, qui furent autant de provocations pour les puissances étrangères. Courant 1798, celles-ci répondirent en fondant la Deuxième coalition qui regroupa progressivement Britanniques, Naples, la Russie, l’Autriche, la Suède et les Ottomans. La guerre continentale reprenait, sur plusieurs fronts : Hollande, Est de la France, Italie, et les défaites s’enchaînaient pour le Directoire. De plus, des troupes étaient nécessaires, d’où le vote de la loi Jourdan-Delbrel, instaurant la conscription. Mais celle-ci fut d’une efficacité limitée, et demeura d’autant plus impopulaire que des mesures permettaient aux plus riches de payer pour y échapper.

En 1799, malgré quelques rétablissements notamment contre la Russie (qui quitta la coalition en octobre), la situation restait donc très compliquée pour le Directoire. On comprend ainsi que, lorsqu’il débarqua à Fréjus le même mois, Bonaparte ait pu faire figure d’homme providentiel face à un pouvoir de plus en plus critiqué.

 

Le Directoire face à ses contradictions

Le Directoire avait désormais nettement fait la preuve de son inefficacité. Le pouvoir était extrêmement instable, chaque élection étant l’occasion d’une casse du résultat pour favoriser les modérés, qui ne pouvaient se maintenir au pouvoir par des voies légitimes. Économiquement, le pays continuait à souffrir, et le pouvoir ne parvenait pas à susciter une adhésion massive au régime : les rites républicains ne suscitaient pas l’enthousiasme, y compris les élections comme en témoigne l’abstention croissante.

Aux luttes de pouvoir, il faut encore ajouter la concurrence croissante des gens de guerre, dont le pouvoir personnel se faisait de plus en plus fort. En premier lieu, Bonaparte : la campagne d’Égypte avait d’ailleurs été pour les Directeurs un moyen d’éloigner ce général trop ambitieux de la scène intérieure. Cela ne l’empêcha pas de faire, fin 1799, un retour fracassant.

Le régime était donc de plus en plus critiqué et instable. Derrière Sieyès, un parti « révisionniste » apparut, qui demandait un pouvoir exécutif plus fort. Les néojacobins ne digéraient pas Floréal, et les royalistes bougeaient toujours : en 1799, ils se soulevèrent massivement et les Chouans se joignirent à la Deuxième coalition. Les élections de 1799 furent donc tendues : elles allaient être les dernières du Directoire.

 

Pour aller plus loin

Une plus large bibliographie accompagnera la fin de cette série sur la Révolution. Le livre de Michel Biard, Philippe Bourdin, et Silvia Marzagalli, Révolution, Consulat, Empire (1789-1815) chez Belin (2009) est une belle somme sur toute la période, illustrée, accompagnée de textes historiques et même d’une partie sur l’historiographie de la période. Le volume sur la Révolution est, qui plus est, très accessible.

Pour un ouvrage plus synthétique, La Révolution française de Jean-Paul Bertaud (Perrin, 1989) reste également une très bonne initiation à la période. Enfin, plus complexe mais tellement plus audacieux, la Nouvelle histoire de la Révolution française de Jean Clément Martin (Perrin, 2012) est une somme très à jour qui se permet par ailleurs de démolir quelques clichés. Sur les parcours individuels de nombreux autres personnages, le Dictionnaire des Révolutionnaires français de Pierre Brasme (CNRS, 2014) peut aider à apporter de la nuance à des représentations souvent trop schématiques, de même que le Dictionnaire historique de la Révolution française dirigé par Albert Soboul (PUF, 1989).

Sur le Directoire lui-même, les ouvrages sont anciens : La République bourgeoise de Denis Woronoff (Seuil, 1972) offre une bonne introduction. La France sous le Directoire de Georges Lefebvre (cours donné à la Sorbonne en 1943, publié en version annotée par Jean-René Suratteau, 1984, Éditons sociales Messidor) est beaucoup plus dense et, même ancien, il reste une grande référence. De même, La vie quotidienne en France sous le Directoire de Jacques Godechot (Hachette, 1977), reste un classique. Enfin, La République des Girouettes de Pierre Serna (Champ Vallon, 2005) revient sur la tentative de mettre en place un régime qu’il qualifié d’extrême centre, durant la Révolution.

2 commentaires sur “Le Directoire face à l’adversité (septembre 1797-début 1799)

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  1. Mais quel boulot incroyable! Pourtant je ne m’intéresse guère à cette période, pourtant et malheureusement riche en comparaisons avec notre startup nation, mais tes vidéos et articles sont réellement passionnants! Un grand merci à toi, donc.

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