Pétain doit-il le pouvoir à la gauche ?

C’est un refrain populaire à droite et qui revient désormais chaque année sur les réseaux sociaux les 10 juillet… et pas que : les pleins pouvoirs donnés au maréchal Pétain lors du vote du 10 juillet 1940 l’auraient été par la gauche, et Vichy serait, en fait, une faute morale venue de la gauche française. S’appuyant sur les parcours bien ambigus des grandes figures du régime, dont Pierre Laval n’est pas le moins fluctuant, s’appuyant aussi sur le fait qu’après tout, la Chambre des députés qui a voté ces pleins pouvoirs était celles du Front populaire, un discours récurrent essaie ainsi de blanchir la droite de l’époque de toute responsabilité dans la construction du régime de Vichy, dont les nombreux soubresauts politiques et les divisions ne doivent pourtant pas faire oublier qu’il se construisit avant tout sur une pensée profondément réactionnaire. Comment, alors, analyser ce vote dont beaucoup parlent, mais que peu connaissent réellement ?

 

Une défaite plus si étrange

Dès qu’il s’agit d’évoquer 1940, se pose vite un éléphant dans la salle avec le célèbre et incontournable livre de Marc Bloch, L’Étrange défaite, brillant témoignage d’histoire immédiate cité et recité, parfois avec maintes transformations (par exemple dans le cadre des travaux d’Annie Lacroix-Riz, qui ne manque pas de lui faire parfois dire ce que lui-même ne disait pas…). Mais, plus de 80 ans après l’été 1940, on ne saurait s’arrêter aux analyses à chaud des contemporains, car la défaite est désormais bien connue ; maints clichés et idées reçues véhiculées par les diverses propagandes ont été démolis, et bien des travaux d’historiens et d’historiennes pourront éclairer les curieux ! Il ne sera question ici que de cibler quelques points particulièrement importants ; et je ne peux que vous conseiller pour des synthèses accessibles mais détaillées cette conférence d’Olivier Wieviorka au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation, et le livre 1940, Vérités et légendes de Rémy Porte.

Sur la défaite, deux visions se sont donc affrontées : celle qui a voulu y voir une faillite de la France sur un très long terme qui aboutit à son impréparation, et une autre, voyant plutôt une défaite due avant tout aux circonstances. On pourrait schématiser à l’extrême, du reste, en attribuant respectivement ces visions à Pétain et De Gaulle. L’historiographie tend désormais à donner raison en plus grande part à la seconde analyse. En effet, contrairement à une idée encore trop répandue, la France n’a pas affronté l’Allemagne dans une situation d’infériorité criante : du point de vue du matériel, le Front populaire avait dès 1936 relancé le réarmement, et le pays disposait de chars et d’avions en quantité tout à fait comparable à son ennemi, en particulier si l’on ajoute ses alliés au décompte. Ceci reste cependant à nuancer car, dans le cas des avions, si la France disposait de plus d’appareils, tous n’étaient pas encore effectivement affectés à leurs escadrilles, et donc réellement utilisés. Il n’en reste pas moins que l’armement français, en quantité comme en qualité, ne faisait pas défaut face à l’ennemi, comme voulut le dépeindre le régime de Vichy, trop heureux d’essayer de rejeter la faute sur le Front populaire.

De même, la question démographique a pu être soulevée : la population française était inférieure, très nettement, à celle de l’Allemagne, et ce handicap démographique était une obsession récurrente des conservateurs, qui pouvaient aisément l’attribuer au relâchement moral des populations. Dans ce contexte, la politique nataliste de Vichy s’inscrit dans une certaine continuité idéologique. Ceci étant, cette infériorité démographique est à relativiser, car la France disposait d’alliés, et surtout d’un vaste empire colonial qui ne manqua pas de fournir des troupes qui n’avaient rien d’anecdotique. Enfin, la guerre de 1940, contrairement à ce que les Allemands affrontèrent en Union soviétique, ne fut pas une guerre d’usure démographique. Si, ici encore, l’argument eut un poids politique majeur par la suite, on ne peut pas faire de ce facteur une cause déterminante de la défaite.

Le côté diplomatique offre en revanche des pistes bien plus solides, car la politique étrangère française des années 1930 fut marquée par bien des incohérences et failles. Face à la militarisation de l’Allemagne, tout d’abord, la France eut bien du mal à répondre de façon ferme, mais on pourrait difficilement lui en attribuer la seule responsabilité : la volonté des Britanniques, dès les années 1920, de ne pas trop affaiblir l’Allemagne face à la France pour maintenir un équilibre des puissances joua un rôle évident dans la politique d’appeasement. La piste de l’alliance italienne doit également être évoquée : elle fut notamment un de chevaux de bataille de Pierre Laval, pour qui Mussolini pouvait être un rempart contre Hitler : l’alliance des deux dictateurs ne relevait pas, en effet, de l’évidence au départ, tant le cas de l’Autriche pouvait être une pomme de discorde difficile à avaler. La condamnation par les démocraties occidentales de l’intervention italienne en Éthiopie fit, finalement, basculer l’Italie dans le camp adverse : en 1939, on ne pouvait plus en espérer que la neutralité. Enfin, il ne faudrait pas occulter les discussions entamées avec l’URSS : cette voie fut en effet explorée, mais se heurta vite à des problèmes intérieurs (l’anticommunisme résolu d’une partie de la classe politique préférant de loin Hitler à Staline, ou espérant les dresser l’un contre l’autre), et extérieurs (la Pologne, alliée de la France, voyant d’un très mauvais œil le rapprochement franco-soviétique). Finalement, enfin, les atermoiements français et la crise de Munich conduisirent à fragiliser les alliances avec les pays d’Europe de l’Est, Roumanie et Pologne, qui pouvaient douter de l’aide réelle qui leur serait apportée face à l’Allemagne et jouèrent donc leur propre partition.

Dans la 7e compagnie, des officiers désorganisés pointent chacun une direction différente
La série des films de la Septième compagnie a beaucoup contribué à forger l’imaginaire négatif de la défaite de 1940.

Lorsque la guerre éclata, donc, la France n’était pas en soi mal préparée, mais sa doctrine l’empêtra vite face à la stratégie allemande. L’idée principale française était de gagner du temps (d’où la fameuse ligne Maginot), pour tenir, éviter une guerre sur le territoire national, puis lancer une offensive méthodique. Le temps donné entre l’invasion de la Pologne et le printemps 1940 fut fort mal mis à profit : les troupes ne furent pas entraînées, ce qui entraîna de grandes difficultés lors des premiers combats, et les dispositifs ne furent pas remis en question autant qu’ils l’auraient dû. Enfin, l’attaque en Belgique et au Pays-Bas donna l’impression que les Allemands relançaient le plan Schlieffen, comme en 1914. Selon le plan Dyle-Bréda, une partie des troupes se déplacèrent en Belgique et au Pays-Bas afin de contenir cette offensive avant qu’elle n’arrive en France. Le commandement ne saisit que trop tard que la véritable offensive était prévue dans les Ardennes, au niveau de Sedan, et la réaction à cette préparation fut bien trop lente. Dès la mi-mai, le dispositif français était coupé en deux, et les réserves manquaient trop pour contenir l’offensive.

Il ne faut pourtant pas imaginer l’offensive allemande comme inarrêtable et géniale : le concept même de Blitzkrieg est avant tout une réécriture à posteriori. À chaque étape, le « coup de faucille » allemand visant à isoler les troupes franco-britanniques au nord pouvait exposer le flanc de l’armée allemande à une contre-attaque qui aurait pu l’isoler et la stopper. On sait d’ailleurs qu’à plusieurs reprises, des ordres furent donnés pour ralentir l’offensive, et pas toujours suivis. On sait aussi que l’arrêt des troupes allemandes un peu avant Dunkerque par peur de trop s’exposer permit involontairement le succès de l’opération Dynamo et l’évacuation de nombreuses troupes, ce qui fut loin d’être négligeable pour la suite de la guerre. De même, si le rapport entre morts français et allemands a longtemps été exagéré (certains évoquant un allemand mort pour quatre français), on sait aujourd’hui qu’il approche du 1 pour 1,5, les morts français de la campagne de mai-juin 1940 étant plus proches des 60 000 que des 100 000 initialement évoqués. La France s’est bien battue, et si la campagne étonna les Allemands eux-mêmes par sa rapidité, elle ne peut être résumée aux « six semaines de course à pieds » acidement dénoncées par Céline.

 

Armistice, ou non ?

Dès la fin mai, et le remplacement de Gamelin par Weygand n’y changeait rien, la bataille de France était manifestement perdue. S’ajoutait à cela le drame de « l’exode », des millions de Français fuyant les combats, accompagnés également de Belges et Néerlandais. Aux pertes dues aux combats s’ajoutaient aussi les drames de la guerre contre les civils français, que les plans militaires cherchaient justement à éviter en éloignant autant que possible les combats du territoire. L’impact ne fut pas négligeable : comme on le verra, le vote des élus le 10 juillet varia ainsi très fortement selon qu’ils venaient de départements proches ou éloignés des combats.

La bataille était perdue ; restait la perspective de poursuivre la guerre. C’est là que se noua un premier débat : fallait-il capituler ou demander l’armistice ? La première solution rejetterait la faute sur l’armée, ce à quoi s’opposaient les militaires, en particulier Weygand et Pétain au sein du gouvernement. À l’inverse, l’armistice, décision politique, renverrait la faute sur le régime. Déjà se nouait un conflit entre politiques et militaires qui se rejetaient la responsabilité de la défaite. Chaque solution offrait également ses perspectives : la capitulation pourrait permettre aux restes de l’armée de poursuivre les combats, que ce soit depuis l’Afrique du Nord ou le fameux « réduit breton », où des préparatifs furent d’ailleurs lancés. Une solution plus extrême encore était de former une union franco-britannique, déplaçant de fait le gouvernement de l’autre côté de la Manche et, de même, repoussant les possibilités de défaite. Le réalisme de ces situations était cependant suspendu aux prédictions : le Royaume-Uni tiendrait-il, et recevrait-il des aides extérieures ? Si certains anticipèrent la résistance des Britanniques, la future entrée en guerre des États-Unis, voire les difficultés allemandes face à l’Union soviétique, d’autres tablaient au contraire sur une capitulation rapide des Britanniques et jugeaient, du reste, que ceux-ci  avaient déjà trahi leurs engagements en rapatriant leurs troupes. Pour ces gens à qui la défaite paraissait inévitable, majoritaires, poursuivre les combats revenait à exposer le pays à des combats meurtriers et inutiles.

Signature de l'armistice
La signature de l’armistice le 22 juin découle d’une volonté de déporter la défaite dans un champ politique : le vote du 10 juillet en sera donc une validation.

Ceci étant, la question clive jusqu’au sein du gouvernement. Passons sur le cas De Gaulle qui, à bien des égards visionnaires, n’en restait pas moins peu audible dans le contexte de l’époque ; il n’était pas seul à voir d’un mauvais œil l’arrêt du combat, et le président du conseil Paul Reynaud lui-même rejetait l’idée d’armistice, bien que son gouvernement ait pesé de plus en plus fort dans cette direction. Finalement, la question fut tranchée par sa démission : il espérait certainement que les conditions trop dures d’un armistice proposé rendraient les partisans de celui-ci inaudibles, mais son remplaçant, Pétain, changea profondément la donne en rendant ces conditions acceptables. Inutile de s’étendre sur le prestige du maréchal, en particulier à droite, qui était certainement inversement proportionnel à ses compétences diplomatiques : sa mission auprès de Franco en 1939 avait déjà montré à quel point l’homme était aussi confiant que mauvais négociateur…

 

Vers le vote fatidique

L’armistice ne marquait pas en soi la chute de la République : d’aucuns espéraient voir en Pétain un nouveau Thiers qui, avec le pacte de Bordeaux, avait remis à plus tard le choix entre république et monarchie pour donner le temps au pays de se rétablir – ce qui avait fini par lui coûter sa place. Si l’armistice engageait déjà la France sur le chemin de la collaboration, il ne forçait pas non plus son développement tel qu’on le vit : à l’été 1940, bien des possibles restaient ouverts, et le choix fait par Pétain et son entourage de profiter des circonstances pour mettre à terre la Troisième République n’en est que plus condamnable.

L’antiparlementarisme et l’opposition à la République, du moins sous sa forme du moment, était en effet un courant bien ancré à droite. Impossible de revenir ici sur l’histoire politique troublée des années 1930, qui avait vu croître des mouvements profondément anti-républicains, qu’ils soient réactionnaires, ouvertement fascistes, ou difficiles à classer politiquement (on trouvait parmi eux, après tout, d’anciennes figures de gauche ayant pris un virage autoritaire complexe). La nature du fossoyeur de cette République, Pierre Laval, peut ainsi intriguer : avocat des anarcho-syndicalistes dans les années 1910, élu vaguement socialiste au début des années 1920, il avait peu à peu viré vers la droite, et c’est avec elle qu’il avait un temps tenu les rênes du gouvernement, jusqu’à sa chute en 1936. Ce pacifiste convaincu (peut-être un des rares points sur lesquels il resta totalement cohérent dans sa carrière) tira de sa chute une certitude, également liée à une certaine admiration pour Mussolini : seul un régime autoritaire lui permettrait de sauver la France. L’itinéraire de ce personnage complexe et, somme toute, peu armé intellectuellement face aux enjeux politiques de son temps, a été superbement étudié dans la massive biographie que lui a consacrée Renaud Meltz. Dans le cadre de l’avènement de Vichy, son rôle fut décisif.

Pierre Laval est photographié devant le Grand casino de Vichy, le jour du vote
Laval, ici photographié devant le Grand Casino de Vichy le jour où s’y tient le vote, est à l’origine des nombreuses manœuvres politiques qui ont permis d’acquérir une majorité de votes favorables.

Alors que le gouvernement et les chambres fuyaient Paris, à Tours, puis Bordeaux, puis finalement Vichy, Laval sut se rendre nécessaire auprès de Pétain, avec qui il entretenait de longue date des contacts par le biais d’intermédiaires, sans pour autant que les deux hommes s’apprécient, loin de là. Se noua ainsi un jeu complexe où Laval se faisait exécutant nécessaire, tandis que Pétain, prudent, pouvait rester en retrait et lui faire porter toute la responsabilité d’un éventuel échec. Dans ce contexte, Laval jouit certainement de sa trouble réputation de combinard : si ses paroles n’avaient pas forcément grande valeur, il devenait beaucoup plus facile de les suivre en espérant ensuite obtenir une suite ou une autre. Ainsi, beaucoup de députés et sénateurs purent prétendre après coup avoir été manipulés, quand bien même, en réalité, Laval n’avait jamais caché ses intentions de saborder la République et d’adapter au contexte français les régimes totalitaires, y compris dans leur dimension profondément xénophobe.

Le contexte était alors idéal : la défaite forçait à la remise en question du régime à laquelle elle était attribué : après tout, de Waterloo à Sedan, les grandes défaites françaises avaient entraîné des bouleversements politiques, et la révision constitutionnelle était souhaitée de longue date, elle avait même été le serpent de mer de la Troisième République pendant toute son existence. L’état de choc et de confusion, de peur aussi, car la violence politique se faisait menaçante, pouvait peser sur les indécis ; et les enjeux diplomatiques pouvaient eux-aussi être invoqués à bon escient : quelques jours avant le vote fatidique, l’attaque britannique contre la flotte française à Mers-el-Kébir semblait justifier, a minima, de mener une politique étrangère ne tenant plus compte de l’alliance, et donc de négocier séparément avec l’Allemagne. Enfin, la personnalité même de Pétain qui devait incarner le nouveau régime joua profondément sur des élus dont beaucoup étaient d’anciens combattants, et qui attendaient de lui qu’il incarne l’unité nationale, quand bien même tous donnaient à celle-ci un sens parfois bien différent.

 

Pétain, porté par la gauche ?

Le 10 juillet, donc, fut voté le texte mettant de fait fin à la Troisième République en annonçant une révision constitutionnelle laissée entre les mains de Pétain. Ce texte, entend-t-on souvent, aurait été voté « par la chambre du Front populaire ». Cette affirmation est à nuancer, pour plusieurs raisons. D’une part, le vote fut l’objet de l’Assemblée nationale, composée de la Chambre et du Sénat ; or ce Sénat avait été le moteur de l’opposition au Front populaire, et c’est face à lui que Léon Blum avait dû jeter l’éponge. De plus, la situation politique avait profondément évolué depuis 1936, et si, au départ, les radiaux avaient bien fait partie de la coalition de gauche, ce pivot de la vie politique avait déjà depuis un moment renversé son orientation vers la droite, en 1940.

De surcroît, les parlementaires qui se réunissent en juillet 1940 ne recouvrent pas précisément ceux qui avaient été élus en 1936, et pour cause : une portion honorable est absente, que ce soit au combat, par maladie ou empêchement, ou pour deux autres raisons notables. La première concerne les élus communistes : depuis la signature du pacte germano-soviétique, ceux-ci ont été pointés du doigt, et une grande majorité de leurs élus ont finalement été déchus de leur mandat et, pour le plus grand nombre, internés ou poussés à l’exil. Tandis que 62 députés communistes ont été déchus, seuls 14, qui ont renié les positions du parti, siégeaient encore. Huit d’entre-eux approuvèrent les pleins pouvoirs, trois s’y opposèrent, les trois derniers étant absents. Parmi les absents, certains étaient également embarqués sur le paquebot Massilia : avant l’armistice, ils avaient décidé de quitter le pays pour l’Afrique du Nord afin de poursuivre le combat et étaient retenus au Maroc. Or, l’écrasante majorité des 27 députés en question appartenaient à la gauche. Certes, tous ces absents n’auraient pas suffi à inverser la tendance, et tous, s’ils avaient été présents, ne se seraient pas opposés au vote ; ils n’en rendent pas moins la composition de l’Assemblée nationale très différente de ce que certains dépeignent comme « la chambre du Front populaire ».

Graphiques représentants les pourcentages de votes à gauche et à droite. À gauche, 54% votent oui, 13,5% non ; à droite 77% votent oui, 1,5% non.
Remis en perspective selon leurs formations politiques, les votent témoignent du fait que si l’approbation fut majoritaire à gauche comme à droite, l’opposition fut, à droite, plus que dérisoire.

Le vote se solda quoi qu’il en soit par une grande majorité : 80 oppositions contre 570 voix favorables (569 recensées au Journal officiel, le nombre réel ayant depuis été déterminé avec plus de précision). S’y ajoutent encore 20 abstentions. Restent pourtant à examiner en détail ces oppositions et abstentions, car si toutes les tendances approuvèrent massivement les pleins pouvoirs, l’opposition est beaucoup plus marquée à gauche : celle-ci fournit 72 des 80 votes « non », et 16 des abstentions, tandis qu’à droite, le taux de résistance (regroupant, dans les analyses d’Olivier Wieviorka, ceux qui ont voté contre, se sont abstenus, et étaient sur le Massilia) était inférieur à 5% des présents (contre 35% parmi les élus de la SFIO). On peut donc dire que si la classe politique dans son ensemble approuva avec une certaine unanimité le vote des pleins pouvoirs, les rares à s’y opposer étaient en grande majorité des figures de la gauche, cassant par là-même le mythe d’un Pétain porté par le Front populaire. Et pour cause : le maréchal portait en lui un projet certes vague, et où beaucoup pouvaient espérer se retrouver, mais ce projet restait malgré tout beaucoup plus susceptible de séduire des hommes de droite.

 

Le sens profond d’un vote

Passés ces comptes d’apothicaire, vient le moment de donner un sens à ce vote complexe. Plus que le clivage gauche-droite, bien d’autres facteurs ont joué dans ce qui fut à la fois un vote de circonstance, mais aussi un net vote d’adhésion. Ainsi, Olivier Wieviorka relève un facteur rarement envisagé : le contexte géographique. Dans les départements les plus touchés par les combats, en effet, le vote en faveur des pleins pouvoirs a souvent été unanime ; à l’inverse, les départements affichant le plus fort taux d’opposition se trouvent dans les régions épargnées, en particulier l’Aquitaine et le Languedoc, par exemple. Plus que l’idéologie, le désir d’épargner les souffrances dues à la guerre à leurs électeurs et administrés a pu jouer. De même, le vote des députés alsaciens ou savoyards, très orienté vers le « oui », pouvait revêtir un sens particulier : alors qu’une annexion était à craindre par l’Italie et l’Allemagne lors de la paix qui ne manquerait pas d’arriver, s’opposer à un vote d’unité nationale aurait pu passer pour un manque d’attachement à la patrie, et inciter aux annexions. Le cumul des mandats a également beaucoup joué : nombreux élus étaient également maires, et des enjeux strictement locaux, voire clientélistes et électoralistes, ont parfois guidé leurs choix politiques dans cette période, les conduisant à manquer totalement de la hauteur de vue qui leur aurait été nécessaire.

Carte représentant le pourcentage de vote d'opposition : celui-ci est très fort dans le sud et en Bretagne, beaucoup plus faible dans le nord est.
La répartition géographique des oppositions montre une véritable disparité entre nord et sud, et fait ressortir que les territoires épargnés par le conflit se sont bien plus facilement opposés. (Carte par Loma d’après les chiffres d’Olivier Wieviorka)

Certes, le facteur de la peur a été beaucoup invoqué après coup, comme justification, et il ne fait pas de doute que le climat de Vichy en juillet 1940 était très éloigné des habitudes parlementaires, quoi que les formes aient en partie été maintenues, créant aussi une certaine inertie. Laval, lors de ses tractations, a d’ailleurs manié cette peur à sens multiples, en présentant par exemple son projet comme la seule alternative possible à l’arrivée d’un fascisme français… tout en vendant à d’autres de vagues espoirs de parti unique. Malgré tout, le discours convenu d’après-guerre donnant à voir des élus manipulés par Laval et Pétain ne tient que très partiellement, car l’un comme l’autre restaient fort clairs sur leur volonté d’enterrer la République et le parlementarisme. Laval n’avait pas caché non plus ses ambitions xénophobes. On peut ainsi dire avec Olivier Wieviorka que ce vote fut un vote d’adhésion.

Cette adhésion doit cependant être nuancée par la question : « Adhésion à quoi ? ». En effet, les projets de régénération vendus par Pétain et Laval restaient suffisamment larges pour que chacun puisse en attendre son propre idéal. Les uns attendaient un parti unique, adaptation à la France des modèles allemands et italiens ; d’autres s’attachaient surtout au discours moraliste et réactionnaire du maréchal et pouvaient espérer un retour en force des valeurs chrétiennes et cléricales ; d’autres encore pouvaient être attirés par le discours dénonçant la lutte des classes et aspirant au corporatisme ; ou encore par l’éloge de la paysannerie… Plus largement, le sens de l’action à venir de Pétain pouvait prêter à spéculation : serait-il simplement chargé de protéger le pays en attendant des jours meilleurs ? S’engagerait-il au contraire dans une collaboration enthousiaste pour donner à la France une place de choix dans la future Europe allemande ? Ou au contraire, permettrait-il de préparer le sursaut national nécessaire à une hypothétique revanche ? Toutes ces visions pouvaient alors cohabiter tandis que les ambiguïtés planaient encore, et ceci explique en grande part les revirements futurs et progressifs d’une bonne partie des approbateurs du 10 juillet.

Un dernier facteur doit enfin être pris en compte, paradoxalement : le respect des institutions, qui enferma rapidement les acteurs. Déjà, la perspective de délocaliser en Afrique du Nord le gouvernement et les instances parlementaires avait ravivé chez beaucoup le mauvais souvenir de l’émigration, pendant la Révolution : une certaine culture républicaine avait ici raisonné chez beaucoup d’élus pour leur donner à penser que leur place restait auprès de leurs électeurs, même dans la tourmente. Par ailleurs, le texte du 10 juillet prenait la précaution de laisser envisager une révision constitutionnelle qui serait à terme validée par les voies parlementaires. Si ce ne fut pas le cas, et si dans les faits, Pétain usa aussitôt de ses pouvoirs pour saborder l’essence de la forme républicaine du régime, il n’en reste pas moins que quelques gages étaient donnés à ceux qui voulaient encore croire au système parlementaire : les élus continuèrent à toucher leurs indemnités, et les bureaux des deux chambres restèrent en activité, même si celle-ci tenait du simulacre. Tout cela explique par exemple la transparence des présidents du Sénat et de la Chambre, Jeanneney et Herriot, qui s’inclinèrent devant la légalité du vote du 10 juillet, puis continuèrent à officier et à s’enfermer dans un légalisme aveugle et donc conciliant vis-à-vis de Vichy, jusqu’à ce qu’en 1942, Laval décide de supprimer lesdits bureaux : les présidents passèrent alors dans une opposition, tout aussi légaliste…

 

Les choix

Le vote du 10 juillet n’est donc pas explicable par un seul facteur, qu’il soit idéologique ou circonstanciel : tout au plus se dégagent quelques tendances. Surtout, il ne faudrait pas sacraliser la prise de position de ce seul jour, dans un sens ou un autre. Les 80 opposants ont ainsi pu être un peu facilement portés aux nues comme étant parmi les premiers résistants, ce qu’ils ne furent pas, de même que les internés du Massilia : parmi les uns et les autres, certains s’opposèrent évidemment à Vichy, mais d’autres regagnèrent bien vite une passivité complice, et conservèrent bien souvent leur place en faisant des compromis avec le nouveau régime, notamment lorsqu’ils étaient maires. À l’inverse, certains des approbateurs du 10 juillet se détachèrent bien vite du régime de Vichy pour passer dans une opposition parfois discrète, parfois déclarée. Ainsi, avoir voté « pour » les pleins pouvoirs était loin de garantir un avenir serein : plusieurs élus qui avaient approuvé ces pouvoirs passèrent ainsi à la Résistance, de façon plus ou moins affirmée, et furent à ce titre déportés par les Allemands, à l’image d’Henri Maupoil et de Georges Maurice, par exemple. Plus terrible encore, Pierre Masse, qui avait voté également en faveur des pleins pouvoirs, fut également déporté car juif, et en mourut. Parmi les opposants et ceux du Massilia, bien entendu, le sort annoncé pouvait être également néfaste : se trouvaient dans ces groupes plusieurs têtes connues de la Troisième République (Daladier, Blum, Mandel, Zay, pour ne citer qu’eux), et plusieurs furent également déportés, et/ou assassinés. De façon générale, quel qu’ait été leur camp lors du vote, les élus étaient par leur statut même beaucoup plus visibles et exposés, et payèrent souvent un lourd tribut.

Pierre Masse et plusieurs autres personnes photographiés lors de leur internement à Drancy
Pierre Masse (ici photographié à Drancy, tout à droite) est l’un des élus du vote de 1940 qui furent arrêtés, déportés et assassinés pendant la guerre.

La ligne de partage entre collaboration et résistance n’était par ailleurs pas simple à tracer. Certains élus choisirent de profiter de leur position et de leur influence locale pour garder une certaine prise sur les événements. Pour les uns, cela put parfois se caractériser par une collaboration enthousiaste avec les Allemands, en particulier lorsque leurs propres affaires en tiraient profit. Pour d’autres, l’enthousiasme vis-à-vis de Vichy et de sa politique resta durable. Inversement, nombreux furent ceux qui, peu à peu, s’éloignèrent du régime en en découvrant les travers : l’entrevue de Montoire, le statut des Juifs, le retour aux affaires de Laval après son éviction, l’invasion de la zone sud, ou peut-être plus encore l’instauration du STO furent autant d’éléments qui purent entraîner un changement de ligne. On ne peut en effet, là encore, pas définir de loi générale : chacun s’adapta à ses propres tolérances et capacités. Le STO fut ainsi un moment décisif pour plusieurs maires qui refusèrent catégoriquement de participer à la préparation des listes. Pour d’autres, un événement plus anodin comme la demande de participer à une cérémonie vichyste put suffire à les éloigner du régime.

Ceci étant, la résistance est, là aussi, un champ très vaste et difficile à définir. Par leur statut même, les députés et sénateurs étaient peu préparés à la clandestinité, qui conditionne souvent l’activité résistante. Leur âge pouvait aussi être un facteur très limitant, et les plus âgés furent souvent les plus passifs. On peut ajouter, du reste, que les mouvements résistants étaient eux-mêmes peu disposés à accueillir des élus souvent perçus avec une certaine suspicion : n’étaient-ils pas responsables de la débâcle ? Si certains rejoignirent donc la résistance active dans sa plus parfaite expression, la plupart eurent une action plus modeste, mais parfois malgré tout significative et risquée, du fait de leur exposition : propagande discrète, cache d’armes, soutien administratif : autant de modes d’action qui pouvaient parfois leur être particulièrement adaptés. Mais la limite entre ce qui fait un résistant et ce qui n’en fait pas un est forcément floue : la question se posa particulièrement à la Libération.

 

L’heure des comptes

À la Libération, en effet, une épuration politique visant à se débarrasser d’une classe politique jugée éminemment fautive devient nécessaire. Cette épuration se fit à la fois de façon institutionnelle, et à l’intérieur même de certains partis : la SFIO fut ainsi particulièrement sévère à l’encontre de ses membres qui avaient voté les pleins pouvoirs, dépassant de loin les exigences des commissions et jurys chargés de statuer au nom de l’État sur leur cas.

Il serait trop complexe de revenir ici sur les différentes procédures, parfois concurrentes, qui se tinrent dans ce cadre : ici encore, le travail d’Olivier Wieviorka fournit une étude détaillée du phénomène, aussi passionnante que pointue. Cet article ne dégagera que quelques lignes. Par principe, les sénateurs et députés qui s’étaient compromis en votant « oui » le 10 juillet durent prouver, pour sortir de l’inéligibilité prononcée contre eux, qu’ils avaient servi la Résistance. Les critères pour en témoigner étaient particulièrement sévères : avoir fabriqué des faux-papiers, défendu des opposants face aux tribunaux, ou autres formes de résistance administrative ne suffisaient ainsi pas à défendre un cas, et c’est avant tout les faits de résistance militaire qui furent mis en valeur.

Dans ce contexte, certains se défendirent avec une certaine mauvaise foi, à l’image du député conservateur Prosper Josse, fervent pétainiste, qui tenta de prouver sa résistance acharnée en évoquant la fois où il s’était opposé à un capitaine allemand pour une terrible histoire… de pêche à la truite. D’autres, au contraire, se défendirent mal : René Coty, qui avait rejoint un petit groupe de sénateurs résistant à Paris, minimisa ainsi son action avec une certaine humilité, mais vit finalement son inéligibilité levée par le jury d’honneur.

La procédure ne fut par ailleurs pas sans partialité : des enjeux locaux et politiques entrèrent bien souvent en ligne de compte. Notamment, les élus de droite furent plus facilement épargnés : ceux-ci avaient après tout massivement voté en faveur de Pétain, et une condamnation massive aurait résulté dans l’élimination totale des grandes figures de droite de la vie politique, et aurait pu créer des instabilités et indignations, tant à l’échelle nationale que locale. À l’inverse, bien des grandes figures de la gauche d’avant-guerre n’avaient pas démérité, déjà le 10 juillet, et n’avaient donc pas besoin d’une telle procédure, que l’on pense à Blum ou Daladier, par exemple. Malgré tout, l’épuration politique fut somme toute importante : 321 élus furent définitivement inéligibles, soit plus de la moitié de ceux qui avaient dit « oui » à Pétain. Encore ces chiffres doivent-ils également tenir compte de ceux qui, trop vieux, malades, ou morts, avaient mis fin à leur carrière politique et ne cherchèrent pas même à récupérer leur mandat. De fait, les députés de 1940 furent loin d’être majoritaires à la nouvelle assemblée constituante ; ceux qui restèrent, parmi lesquels de grandes figures des différentes formations, surent cependant transmettre une certaine culture parlementaire qui se retrouva dans les institutions de la Quatrième République et dans sa vie politique.

Le vote de juillet 1940 fut ainsi un temps fort de la vie politique française, bien symbolique de ce « passé qui ne passe pas », comme en témoignent les récupérations des différents camps, tentant de se renvoyer la faute depuis les origines. La lecture idéologique et l’obsession du clivage gauche-droite ne permettent en effet pas de fournir une grille explicative qui, du reste, fonctionne assez peu pour Vichy et l’Occupation : si le régime était indéniablement d’inspiration réactionnaire, il sut brasser des soutiens beaucoup plus larges, et cette complexité politique, qui peut au choix salir tous les camps ou tous les absoudre, doit peut-être et surtout pousser chacun à un certain examen de conscience. Car s’il est une leçon, avec ce vote et ses tragiques suites, c’est que les comportements à venir ne sont jamais gravés dans le marbre, et que les individus, complexes, peuvent aussi avoir leur part d’imprévisibilité.

 

Pour aller plus loin

Le livre au cœur de cette approche est évidemment Les orphelins de la République d’Olivier Wieviorka (Seuil, 2001, réed. 2015), massive et passionnante étude du destin des députés et sénateurs français pendant l’Occupation. Sur la défaite de 1940 spécifiquement, le petit 1940, Vérités et légendes de Rémy Porte (Perrin, 2020) fournit des bases très intéressantes. Une étude plus large de la période, avec des compléments historiographiques, peut également être trouvée dans Les Grandes Guerres, de Nicolas Beaupré (Belin, 2012 : attention, ouvrage massif). Les lecteurs curieux de comprendre la complexité de deux des plus importants protagonistes de l’événement pourront également se précipiter sur les deux volumineuses biographies de Pétain (Bénédicte Vergez-Chaignon, Perrin, 2014, réed. Poche en 2018) et Pierre Laval (Renaud Meltz, Perrin, 2018)

6 commentaires sur “Pétain doit-il le pouvoir à la gauche ?

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  1. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup, comment un pays comme la France peut s’effondrer aussi vite et fort.
    Sur votre conseil j’ai lu il y a quelques semaines le livre de Rémy Porte.
    Là j’hésite beaucoup entre le Wievorka ou le gros Belin, sachant qu’à cause de vous j’ai déjà lu le gros Belin sur Révolution française + Napoléon. (Vous êtes un prescripteur puissant !)

    Quand j’ai eu « ma période geek » sur ce sujet de la défaite je suis tombé sur Annie Lacroix-Riz, bon à priori c’est une sorte de Didier Raoult de l’histoire. (Mais apparemment son livre à inspiré deux épisodes de l’émission mythique de France inter « Rendez vous avec X »)
    En tous cas bravo pour ce que vous faîtes.

    PS : une idée de sujet pour le futur : l’UGIF pendant l’occupation.

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    1. Que choisir entre le Wieviorka et le Belin, j’avoue que les deux sont très différents. Le premier est vraiment une étude passionnante sur ce cas précis des parlementaires face à la période de l’occupation, et si la période vous intéresse, je vous le recommande très chaudement. Pour le Belin, on est sur du beaucoup plus généraliste, mais Beaupré est entré pas mal dans le détail quand même, et les pages historiographiques sont aussi très bonnes. C’est une masse, ceci dit !

      Concernant l’UGIF, j’avoue que je ne sais pas si je serais capable d’entrer assez dans le détail et de faire quelque chose d’intelligent. J’en parle un peu dans ma vidéo sur le livre de Sémelin, qui entre lui-même beaucoup plus dans le sujet, d’ailleurs !

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  2. Bonjour,
    Tout d’abord, merci beaucoup pour vos documentaires didactico-historiques passionnants.
    Je vous écrit aujourd’hui, néanmoins, en réaction directe et spontanée à un passage de votre dernière vidéo, celui qui dit « […] l’armement français, en quantité comme en qualité, ne faisait pas défaut face à l’ennemi […] ». Pour l’aviation, il me semble bien que ce n’est pas exact. En ne parlant que de l’aviation de chasse, la grande majorité des appareils français avaient des performances sensiblement inférieures à celles des avions allemands. Le Dewoitine 520, seul avion de chasse français pouvant alors rivaliser avec le Messerschmitt Bf 109 allemand, n’avait justement pas eu le temps d’être construit en nombre suffisant… Une personne très proche de moi avait été mécanicien sur Morane 406, le chasseur les plus répandu au sein de l’Armée de l’air française, en 1939. Pour illustrer mon propos précédent, cette personne m’avait dit la chose suivante : du côté français, nos avions avaient des moteurs qui ne développaient pas de chevaux, tombaient toujours en panne et laissaient fuir de l’huile de partout.
    Il me reste à investiguer en ce qui concerne les avions de bombardement.
    Merci encore pour ce que j’appelle vos documentaires, même si c’est sans doute un peu plus que cela.
    Bon courage et bonne continuation.

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    1. Personnellement, je n’en pense pas grand chose, si ce n’est que les nombreuses critiques étayées que j’ai lues à son sujet me semblent très pertinentes. Je regrette qu’elles ne soient pas centralisées en un ouvrage qui permettrait d’y accéder plus facilement pour ceux qui veulent se faire un avis.

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