L’histoire, à quoi bon ?

À l’approche de la déprimante campagne présidentielle qui nous attend, historiens et historiennes tremblent légitimement devant les outrances politiques qui nous menacent. Rien de nouveau : Sarkozy s’était érigé en maître du genre en 2007, et beaucoup l’ont depuis imité avec plus ou moins de talent. Mon petit préféré dans ce domaine est, vous le savez si vous êtes des fidèles de longue date, François Asselineau, qui a érigé la manipulation pseudo-érudite de l’histoire au rang d’un des beaux arts. Face à ce boueux tsunami qui s’annonce, André Loez (dont je ne recommanderai jamais assez le podcast Paroles d’histoire) a publié en mai dernier une tribune dans le monde prêchant dans le désert : « Présidentielle 2022, parlons d’avenir, pas d’histoire ».

Si je me joins avec enthousiasme à sa supplication, elle fait remonter en moi une réflexion plus large que j’avais déjà menée sur un ton assez pessimiste, je dois le dire, lors d’une conférence que j’avais donnée il y a quelques temps dans un petit théâtre nantais : « l’histoire peut-elle nous aider à changer le monde ? » Cette réflexion est en effet étroitement liée au sens de mon travail, et j’ai pu assez cyniquement en résumer la conclusion sur Twitter en disant que si l’histoire vous sert à quelque chose, c’est que vous vous en servez mal. Je vais ici essayer de détailler un petit peu la question.

 

À quoi sert l’histoire ? La question maudite

Je me suis pris de passion pour l’histoire tout enfant, d’abord, comme beaucoup, par le biais de la mythologie, puis plus largement par passion pour la Grèce, pour Rome, puis pour tout ce qui tenait du passé. J’ai été ce gamin bizarre qui, en sixième, pouvait autant s’amuser sur Versailles, complot à la cour du Roi Soleil que sur Pokémon (et croyez moi, j’ai purgé plus d’une fois l’un comme l’autre avec la même délectation). Tout cela posait un problème majeur : quand on est déjà pour le moins socialement marginalisé dans la chaîne alimentaire de la cour de récré, comment, en plus, justifier de l’utilité de sa matière préférée ? Le français, les maths, les SVT, même la géographie et la musique semblaient avoir une utilité concrète, mais l’histoire, franchement ? Cet argument m’était régulièrement renvoyé, et me travaillait. Alors, ma maman me fit une réponse de maman qui n’a pas fait d’études d’histoire mais a malgré tout des lettres : « l’histoire, ça sert à ne pas répéter les erreurs du passé ». Si cette réponse ne me satisfait aujourd’hui plus en rien, elle apaisa au moins un peu le gamin perdu que j’étais : merci maman !

 

La galerie des glaces dans le jeu Versailles
Le monde se divise en deux catégories : ceux qui avaient déjà fini quatre fois Versailles à 12 ans, et ceux qui avaient des amis. Je n’ai pas besoin de vous dire de quelle catégorie je relevais. Et je ne regrette rien.

Cette quête de sens prit encore un autre tour lorsque, un bac S totalement volé en poche, je débouchai en fac d’histoire avec comme principal projet professionnel une mort à plus ou moins courte échéance. J’ai déjà raconté ici comment la question fameuse du « qu’est-ce que tu veux faire dans la vie plus tard ? » était pour moi une belle torture. Mais alors avec la filière que j’avais choisie, c’était encore pire ! Je me souviens encore de ces passants qui, quand nous militions contre la LRU (eh oui, déjà fin 2007, on expliquait que l’université était en train d’être tuée, dans l’indifférence générale), nous expliquaient que ce n’était pas bien grave, qu’en fac de lettres et sciences humaines, on se « branlait la tête » pour savoir « si Marie-Antoinette avait des règles douloureuses, ou si la Corse est bien une île ! » Allez justifier l’utilité de votre formation face à ce genre d’argument massue ! Certes, les enseignants nous rassuraient, en nous annonçant de belles perspectives : journalisme, administration, enseignement, recherche… Mais au final, le serpent se mordait la queue : ou bien l’histoire était utile comme tremplin pour faire tout autre chose, ou bien elle servait à… faire de l’histoire, ce qui ne nous avançait guère plus quant à son utilité !

Certes, je voyais bien qu’outre l’intérêt que je lui prêtais pour elle-même, l’histoire pouvait avoir des usages théoriques intéressants. Oh, bien sûr, ma réflexion en la matière était bien moins évoluée qu’aujourd’hui : je n’avais aucune base en historiographie, et pas un grand intérêt pour cela. Mais je sentais bien que, comme outil d’autodéfense intellectuelle, comme instrument de réflexion politique, l’histoire pouvait servir à quelque chose. Elle alimentait nos maladroites discussions, à une époque où j’étais bien moins politisé qu’aujourd’hui, et où j’écoutais avec admiration un ami m’expliquer que le féminisme n’a aucun intérêt puisqu’il vise à la supériorité des femmes, tandis que lui-même était pour l’égalité, donc humaniste. Ce qu’il disait avait alors l’air très intelligent, mais j’étais également, il faut le dire, un peu con.

Mais tout cela ne faisait que renforcer mon complexe, car, loin de me passionner pour les sujets historiographiquement les plus sensibles, politiquement brûlants, ou juste académiquement sérieux, moi, je m’intéressais à des bateaux, à des trucs qui ne sont quand même pas bien… utiles, on y revenait encore. J’ai déjà expliqué à quel point tout cela m’avait complexé dans ma recherche de sujet, et pas que ! Ici même, j’ai beaucoup hésité à vous embêter avec mes sujets de recherche. La Révolution française, ça va, c’est sérieux, avec un potentiel d’engagement, de changement du monde. Mais vous parler du Titanic quand vous me demandez la Commune, franchement, est-ce bien sérieux ? J’ai fini par le faire, et à ma grande surprise, vous avez apprécié. Encore avais-je essayé de le faire sous un angle qui vous paraîtrait utile. Mais tout cela continue à tourner en rond : quelle utilité pour l’histoire, bon sang ?

Capture d'écran de Titanic une aventure hors du temps
La vie est facétieuse, des fois. On découvre Titanic une aventure hors du temps à l’âge de huit ans, et pouf, une dizaine d’années plus tard, on fait une thèse sur les paquebots. Et encore vingt ans après, le jeu continue à bien se défendre comme un classique du genre. Touchez-y donc.

 

Les fameuses leçons de l’histoire

Il y a bien des années, j’avais dévoré avec avidité la savoureuse série de Daniel Handler, alias Lemony Snicket, Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. À la fin du troisième tome, l’auteur se laissait aller à l’une de ses réflexions pince-sans-rire, en s’attardant sur la notion de morale de l’histoire. Il concluait ainsi que la « morale » de la Première Guerre mondiale était : « n’assassinez jamais d’archiduc Ferdinand ». À l’époque, le surréalisme de cette saillie m’avait fait sourire, mais je la trouve aujourd’hui beaucoup plus juste que je ne l’avais pensé au départ : le concept de leçon de l’histoire est, par définition, très limité et un peu surréaliste. N’en déplaise à ceux qui jonglent avec lui pour mieux avancer leur propre programme, l’histoire ne se répète pas, pas plus qu’elle ne bégaie. Les causes de la Première Guerre mondiale ne seront plus jamais réunies, et leur étude ne saurait nous donner un manuel clé en main de compréhension des enjeux de notre temps, pas plus qu’elles ne nous permettront d’anticiper ou d’éviter une potentielle troisième mi-temps.

Illustration de l'assassinat de l'Archiduc François Ferdinand
Dans le doute, effectivement, n’assassinez pas d’archiduc héritier du trône d’Autriche. En plus, ça fait des traces sur les banquettes, c’est super chiant à ravoir.

On touche là aux grandes limites des parallèles historiques : comparer les gilets jaunes aux sans-culottes, Emmanuel Macron à Louis-Philippe ou Marine Le Pen à Jeanne d’Arc n’apporte somme toute pas grand chose, que ce soit pour comprendre la passé, saisir le présent, ou envisager l’avenir. Il paraît alors bien plus judicieux d’étudier, non pas les similitudes, mais les continuités, ce que fait par exemple Gérard Noiriel lorsque, dans Le venin dans la plume, il étudie la filiation de discours entre les écrits de Drumont et ceux de Zemmour, en replaçant chacun dans son contexte propre.

Reste que ces leçons de l’histoire relèvent généralement du fantasme, car notre façon même de la raconter nous prive souvent d’en saisir le sens. C’est un problème auquel je me heurte avec mon Titanic : nous autres, experts du sujet, nous arrachons les cheveux pour expliquer que le navire n’était pas bâclé ou défectueux, restait de loin l’un des plus sûrs de son temps et que le président de la White Star Line, Bruce Ismay, n’était pas coupable de pressions pour le faire accélérer. Ces points font consensus chez les spécialistes, mais ne peuvent rivaliser avec le récit manichéen auquel est attaché le public, et dont j’ai déjà montré à quel point il pouvait être efficace en matière de propagande. Or, s’il est une véritable leçon qu’offre le naufrage du Titanic, c’est une leçon fort peu apprise : non seulement le risque zéro n’existe pas, mais les drames arrivent souvent parce que, collectivement, nous refusons d’endosser les inconvénients qu’impliqueraient les précautions nécessaires. Le Titanic a heurté un iceberg pour n’avoir pas ralenti ; mais s’il avait ralenti, son capitaine aurait eu à affronter une foule de passagers mécontents face à une précaution inutile. La crise sanitaire nous a récemment placé face à des discours d’inspiration similaire : l’opinion a pu protester à raison lorsque les mesures avaient été insuffisantes pour éviter la vague épidémique, mais on a également vu s’élever des voix dénonçant des précautions inutiles, lorsque la vague n’avait pas eu l’ampleur attendue. Les précautions ne paraissent utiles que lorsqu’on ne les a pas prises, par définition.

Or, cette leçon du Titanic, Lawrence Beesley, que j’ai traduit ici, la tirait déjà en 1912. Mais en est-ce vraiment une ? Une fois établi que les structures, les dérives collectives, causent plus de dégâts que des individus qu’il est plus aisé de blâmer, que fait-on ? Nous sommes ici, je le crains, condamnés à faire le choix entre deux impuissances : celle, apaisante mais hypocrite, qui consiste à se cacher la réalité en condamnant des méchants fabriqués de toute pièce (Ismay, la White Star Line, voire, pour les plus allumés, les jésuites et autres), ce qui ne prémunit en rien contre de nouveaux drames ; ou celle, peut-être plus déprimante, qui consiste à admettre que seul un changement massif et collectif, passant donc par le changement d’une multitude d’individualités, peut permettre de faire évoluer les choses. Or, l’histoire ne nous apprend pas, et ne nous apprendra probablement jamais, comment susciter un tel changement.

On pourra rétorquer que des leçons furent notoirement tirées du naufrage du Titanic : que ce soit dans le fonctionnement de la radio, la traque des glaces ou le nombre de canots, la sécurité en mer fut révolutionnée, non ? J’aurai prochainement l’occasion de longuement nuancer cette idée. Je me contenterai de rappeler une découverte que j’ai faite récemment : alors que j’avais toujours lu que le Titanic était le dernier naufrage ayant vu des pertes de vies humaines du fait de glaces, j’ai il y a peu appris l’existence du naufrage du Hans Hedtoft, en 1959, disparu corps et biens après une collision avec un iceberg, sans que les secours ne soient arrivés à temps. Le navire était pourtant tout à fait aux normes, faisait son voyage inaugural, et comblait de nombreuses failles attribuées au Titanic. Il coula cependant. Une leçon bien apprise, vraiment ?

 

De l’histoire politique à l’histoire comme arme politique

Vous l’aurez compris, le cliché des leçons de l’histoire ne me paraît valide que si l’on part du principe que celle-ci se répète, chose que je ne pense pas. Les seules leçons que nous pouvons tirer du passé ont, à mon sens, une portée très universelle, et relèvent donc au moins autant, pour ne pas dire plus, de notre sensibilité que de l’histoire elle-même. Si l’histoire nous fournit des pistes de réflexion, des outils pour comprendre comment nous fonctionnons dans différentes situations, pour nous sentir moins seule, elle ne nous fournit pas de modes d’emploi. Or, c’est justement comme cela qu’on l’utilise trop souvent dans le cadre politique.

Dans le monde politique, au sens large, des meetings télévisés aux sphères militantes, on peut pointer trois usages principaux de l’histoire qui se rejoignent bien souvent : l’appel au passé comme argument d’un programme, la quête de figures tutélaires, et la volonté de créer un récit commun. De tels procédés sont courants de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, et touchent toutes les tendances intermédiaires sans vraiment d’exception, et ils sont, à mon sens, dangereux quelle que soit l’intention initiale.

Un exemple d’appel au passé comme justification d’un programme est le cas de la conférence d’Asselineau sur l’histoire de France, ponctuée de ses « être Français, c’est… » destinés à étayer son programme politique. La voie est alors ouverte à tous les anachronismes : l’alliance de François Ier avec l’Empire ottoman est une invitation à tisser des alliances sans tenir compte de nos valeurs, donc à se rapprocher de la Russie de Poutine. La résistance de Vercingétorix face aux Romains, de Jean Moulin face à l’Allemagne, est une invitation à résister, désormais contre l’Union européenne. Quant à la colonisation, c’est avant tout le signe qu’être Français, c’est avoir envie de partager sa culture… Bref, comme par magie, l’histoire de France devient une légitimation sur mesure du programme de l’UPR. Mais l’on pourrait pointer du doigt la même chose lorsque François Ruffin, dans Vive la banqueroute, pioche avec maints anachronismes des exemples passés pour justifier ses idées sur la dette. Ici, l’histoire n’apprend rien, elle est simplement enfoncée de force dans un cadre justifiant des idées actuelles, des programmes futurs. La pertinence de ceux-ci n’est pas ici à prendre en compte : à titre personnel, je suis par exemple loin d’être éloigné des idées de Ruffin concernant la dette. Simplement, ces idées n’ont pas besoin d’exemples passés taillés à la hache pour être pertinentes. Elles ont, au contraire, besoin d’être tissées pour aujourd’hui.

Diaporama d'Asselineau présentant des figures de la colonisation et parlant de générosité et d'ouverture sur les cultures des autres.
Le Français colonise, car il est généreux et ouvert sur les cultures et les peuples du monde entier. Du coup, là, ça va, c’est pas un méchant impérialisme. C’est François qui le dit !

La quête de figures tutélaires est également une dérive dangereuse. D’une part, elle peut très vite perdre tout son sens : dans une vidéo datant d’il y a bien longtemps je rappelais comment Sarkozy, en 2007, en a invoqué d’un peu tous les bords politiques, de Lyautey à Jaurès et Guy Môquet, pour justifier tout et n’importe quoi et se livrer à un simple name-dropping. Plus largement, cette invocation de figures figées, mythifiées, de Napoléon à Louise Michel, de Robespierre à Philippe le Bel, est l’inverse de l’histoire. Tandis que l’historien dresse des tableaux aussi nuancés que possible, fait ressortir tout le gris pour éviter la monochromie, l’appel aux figures célèbres fait disparaître ces nuances pour créer une image fantasmée et uniforme, un étendard. L’histoire perd alors tout intérêt pour n’être plus qu’un album Panini de références aseptisées. Le risque est aussi, avec l’anachronisme, de perdre les vastes perspectives offertes par l’histoire. Il est par exemple courant de vouloir calquer des définitions issues du militantisme LGBT, ou des diagnostics, par exemple d’autisme, sur des personnalités passées pour montrer que des précédents existent. La démarche n’est pas, en soi, mauvaise : il ne fait aucun doute que le monde n’a pas attendu le XXe siècle pour que des gens aient des relations homosexuelles, remettent en cause les normes de genre, ou vivent avec différentes conditions mentales. Ceci étant, poser un diagnostic sur un personnage du passé pour lequel nous n’avons pas d’éléments fiables, mettre des mots sur la sexualité d’un individu qui n’aurait pu même envisager ces concepts, peut vite conduire à taper, une fois, à coups de burin pour faire entrer les gens dans nos propres cases. Au risque de passer à côté de l’essentiel : des modèles différents des nôtres, avec leurs propres failles, mais aussi parfois, des différences qui donnent à réfléchir. J’en avais parlé par le passé dans ma vidéo sur la sexualité des Romains, qu’il faudra décidément que je refasse un jour, tant le sujet pourrait être mieux traité. Le risque de tout cela, c’est d’une part de faire porter sur des individus complexes le poids de représenter des concept qui, par définition, doivent être simplifiés. C’est nier un fait simple : nul parmi nous ne peut être l’incarnation parfaite d’une idée, d’un concept. C’est aussi nier que les traces du passé ne nous permettent que rarement d’en faire une représentation exacte, et que les points d’interrogation ont autant d’importance que les affirmations, en histoire. Enfin, c’est le risque de se perdre dans une quête de modèles, de justifications, qui excluront à terme d’autres personnes ne rentrant pas dans ces cases. En bref, comme je l’ai déjà dit : foutons la paix à Robespierre, il ne répond plus aux enjeux d’aujourd’hui et mérite de se reposer, enfin..

Ce risque d’exclusion est évidemment le plus tangible par la création d’un roman historique, qu’il soit national, ou communautaire. La création d’une histoire mythifiée, sans nuances, sans zones de flou, sans interrogations, fédère, unit. Mais ce qui fédère exclut aussi ceux qui ne rentrent pas dans le cadre, et en matière d’histoire, le roman a toujours pour but de montrer qu’on a « toujours fait comme ça », ou de montrer qui appartient à une catégorie donnée. L’écueil est évident : avoir procédé d’une manière par le passé ne signifie pas que nous soyons préparés aux enjeux de notre temps. C’est aussi valable pour les nostalgiques de Napoléon que pour ceux de la barricade : nous avons besoin de penser le présent et l’avenir, plus que ressasser des gloires passées qui, souvent, ont d’ailleurs rapidement tourné à l’aigre. C’est particulièrement problématique à gauche, par ailleurs : si l’on peut comprendre que des conservateurs aient l’œil rivé sur un passé idéalisé et regretté, et à plus forte raison pour ce qui est des réactionnaires, tout courant progressiste se devrait de regarder vers l’avenir avant tout, vers de nouveaux possibles. Et donc refuser que l’absence d’exemples passés soit un argument entravant ses idées. Je ne crois pas qu’un mouvement féministe, antiraciste, antivalidiste, ou défendant les causes LGBT, puisse trouver un quelque idéal dans le passé, à moins de profondément le fantasmer et en gommer bien des aspects. L’existence même de ces combats signifie qu’ils n’ont pas encore été gagnés, et que les solutions pour les remporter sont devant nous, et non derrière. Pire, à trop garder l’œil dans le rétroviseur, on peut facilement ne pas voir grossir de nouveaux enjeux, et ne pas entendre surgir de nouvelles voix…

 

Comprendre, ce n’est pas excuser, sauf quand ça me gène un peu quand même

L’histoire ne peut donc pas être roman, et les leçons qu’elle donne sont souvent bien peu utiles. Un de ses rôles pourrait alors être de comprendre le passé : c’est même son principe. L’histoire ne peut être, je l’ai déjà dit, un simple empilement de faits. En tant qu’historien, je ne peux pas juste poser une chronologie ; je dois sélectionner, distinguer le trivial du crucial dans mon cadre d’étude, hiérarchiser, proposer des liens de cause à conséquence : en cela, je propose déjà un jugement, qui diffèrera probablement de celui d’un collègue travaillant sur le même sujet. J’ai déjà dit maintes fois qu’il est, selon moi, impossible et peu souhaitable d’être neutre lorsqu’on fait de l’histoire. Notre expérience personnelle, notre culture, notre formation, sont autant de biais qui influeront sur notre travail, et qu’il vaut mieux exprimer et conscientiser que dissimuler. Une fois ce travail fait, on peut alors être rigoureux, et enfin comprendre.

Comprendre, mais quoi, et comment ? Comprendre, c’est avant tout vouloir cerner précisément les mécanismes qui ont conduit à tel ou tel phénomène, en tentant, autant que possible, de se débarrasser de ses présupposer et de ses prérequis. Je l’ai par exemple montré en parlant des travaux de Bénédicte Vergez-Chaignon et Renaud Meltz sur Pétain et Laval, comprendre les évolutions de ces deux personnages pour aboutir à Vichy implique, justement, d’oublier un temps que leurs évolutions les ont conduites à Vichy. On ne peut comprendre réellement les évolutions politique d’un personnage si l’on part du principe que leur aboutissement était inéluctable. Il en va de même pour la Révolution, ou, trop souvent, la téléologie conduit à imaginer que le ver était dans le fruit dès le départ. En écrivant mes épisodes, j’ai été frappé par la manière dont une bonne part de ceux qui avaient causé la chute de Robespierre venaient bien plus de sa gauche que de sa droite, et avaient ensuite été tout autant victimes de la réaction qui a suivi. C’est quelque chose que j’ai essayé, alors, de faire ressortir dans mon épisode sur Thermidor et la fin de la Montagne en faisant de la chute de Robespierre un début, et non une fin. Je serais passé tout à fait à côté de ces enjeux et problématiques si je n’avais pas essayé de comprendre les motivations de ces Thermidoriens pour qui, initialement, je n’avais pas grande sympathie.

Portrait de Barère
Je maintiens que le personnage de Barère, avec toute sa complexité, a été une de mes grandes découvertes lorsque j’ai préparé la série. Et que j’espère un jour lire une biographie solide qui m’aidera à mieux le cerner !

Le problème avec la compréhension, c’est que la peur de l’excuse n’est pas loin. « À trop vouloir expliquer l’inexplicable, on finit par excuser l’inexcusable », disait Sarkozy, bien vite repris par Manuel Valls, son sosie presque officiel. Aucun des deux n’a, il faut le dire, de conscience historique, et la plupart des chercheurs et chercheuses en sciences humaines pourront pointer le fait que leur travail consiste justement à tout expliquer, y compris l’inexcusable. Malgré tout, sur certains sujets, le malaise se pose vite. Peut-on réellement expliquer le nazisme ? Peut-on tenter de comprendre, sans a priori, les motivations de criminels génocidaires ? Ici, l’inexplicable arrange : faire du Nazi un criminel fou et sanguinaire, dont les motivations ne peuvent être comprises, c’est le placer dans un autre monde que le nôtre, le rendre intangible et, d’une certaine manière, nous immuniser contre lui. En ajoutant le cordon sanitaire du principe fort mal compris de point Godwin, penser le nazisme autrement que comme un croquemitaine lointain devient alors une issue confortable. À l’inverse, se demander dans quelle mesure il faut prendre les écrits nazis au sérieux conduit bien vite sur une pente inconfortable : cette pente qui nous force à reconnaître que leur démarche répondait à une logique suffisamment cohérente pour convaincre lettrés, scientifiques, juristes et administrateurs autant que les masses moins éduquées, et donc que le génocide n’est pas né de la simple barbarie mais de discours pensés, construits, qui n’ont rien à voir avec le lavage de cerveau.

Sur le nazisme, mais peut être plus encore à l’heure actuelle sur les problématiques liées à l’esclavage et à la colonisation, cette compréhension heurte : elle peut aisément heurter les mémoires des victimes, tant il est légitimement difficile pour ceux qui ont souffert de se mettre à la place du bourreau. Mais elle peut aussi heurter, paradoxalement, les mémoires officielles, avides de tirer désormais un trait sur un passé gênant. Or, comprendre le colon, l’esclavagiste, cerner la manière dont ils perçurent leur crime, dont ils le pensèrent, ou pire, ne l’envisagèrent même pas, est un bon moyen de se rappeler à notre propre humilité : sur quelles horreurs fermons-nous, nous mêmes, collectivement les yeux, faute de pouvoir y mettre facilement fin ? Les enjeux mémoriels peuvent alors, très paradoxalement, se heurter à la compréhension du passé comme du présent.

 

Se souvenir, mais pourquoi ?

J’ai déjà expliqué ici les différences entre histoire et mémoire, et indiqué la grande froideur que j’ai à l’égard de la seconde, même si j’en saisis bien l’importance politique et sociale. Nous vivons dans une société où la mémoire est omniprésente, au point que l’on peut parfois parler de trop plein : on assiste à une véritable inflation de journées commémoratives qui, de fait, sont rapidement oubliées de tous sauf des plus concernés. L’omniprésence des marqueurs commémorant le passé entraîne également leurs contestations, comme on a pu le voir à travers les polémiques sur les fameux déboulonnages de statues. La question est bien plus complexe qu’on le lit parfois, et appelle à des réflexions plus nuancées que les oppositions binaires dressées par certains : la série d’entretiens du podcast Paroles d’histoire sur le sujet en témoigne. Reste que l’on peut s’interroger, notamment sur l’impact réel de ces monuments que l’on croise généralement sans les voir, et à plus forte raison sans identifier l’individu représenté.

C’est ici la grande question posée par les politiques mémorielles : si l’on peut cerner les intentions qui les guident, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, pure communication ou réflexion plus pédagogique, on a peu de contrôle et de visibilité sur leur impact réel. Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, dans À quoi servent les politiques de mémoire ?, ont bien souligné à quel point l’impact des politiques mémorielles, de l’éducation au musée, dépend aussi d’un contexte social. On n’entre jamais vide dans un lieu de mémoire, et il est peu probable qu’un néonazi soit particulièrement touché ou converti par une visite d’Auschwitz. Les auteurs de la Nouvelle histoire de la Shoah parue récemment chez Passés composés proposent plusieurs chapitres passionnants sur ces questions. En ressort notamment le fait que le pouvoir presque magique que certains veulent attribuer à la mémoire choc, qu’il s’agisse de la visite des camps ou de l’exposition à des images fortes, n’a en réalité qu’un impact limité qui dépend profondément de la personne exposée et de ses présupposés. L’apprentissage du passé, le devoir de mémoire, ne sont pas des remèdes magiques.

Vidéos de Tibo InShape à Auschwitz
Comme quoi on peut visiter Auschwitz, rencontrer des rescapés, et pourtant faire quelque chose de franchement discutable sur le plan mémoriel. Si ça se trouve, bientôt, on verra sur YouTube des tops 10 des pires nazis, vous verrez.

On l’a bien constaté, en réalité, dans le débat politique récent. Le souvenir du nazisme est omniprésent, mais pas pour autant bien digéré. Les nazis, les camps, l’étoile jaune, les autodafés, sont invoqués au moindre prétexte. Que des étudiants déchirent un livre de François Hollande, et l’ombre de Goebbels plane au yeux d’éditorialistes ulcérés. Que l’on commence à parler de vaccination obligatoire et de passe sanitaire, et les accusation d’eugénisme fleurissent tandis que d’odieuses étoiles jaunes parodiques se multiplient dans des manifestations gangrénées par l’extrême droite. Qu’une victime dénonce son violeur, et certains ramèneront immédiatement la chose à la dénonciation des Juifs sous l’Occupation. Or, si tout est comparable à la Shoah, celle-ci perd tout son sens. Si le simple fait de bloquer une fac vaut de se faire qualifier de Khmers rouges, si l’écologie politique transforme ses défenseurs en Khmers verts ; si le simple fait d’avoir un rapport critique à l’histoire de France relève du stalinisme, que cela dit-il des crimes de Pol Pot et Staline ? Si tout est fascisme, de Mélenchon à Le Pen en passant par Macron, comment, encore, définir le fascisme ?

Cette importance de ne pas oublier le passé, j’y ai cru, intensément. J’en suis revenu. Paradoxalement, dans cette orgie de mémoire, l’histoire se perd bien vite. Les références au passé et à ses moments traumatisants sont légion, mais la compréhension de ces périodes est proche du néant. Elles ne sont plus brandies que comme des étiquettes, coupées de tout contexte, qu’il soit politique, social, idéologique… Tout ne devient que carte à jouer que l’on brandit pour contrer celle de l’adversaire dans une partie de bataille corse permanente dont on semble avoir oublié les enjeux. Dans tout cela, l’histoire et sa méthode disparaissent totalement.

 

L’apprentissage du sens critique, et ses limites

Si l’histoire n’apporte aucune leçon réelle ; si les figures mythifiées et les romans n’apportent rien de bon ; si notre compréhension du passé est sélective et incomplète, et si à trop se souvenir, on finit par tout oublier que reste-t-il ? Quiconque suit mes travaux sait que j’attache une grande importance à la méthode historique, à sa rigueur critique, et que je fais mon possible pour l’enseigner. Cette méthode, qui réfléchit à l’écriture de l’histoire, qui garde une certaine distance, est en effet le remède idéal contre les excès de la mémoire et du roman. C’est également la meilleure voie vers une compréhension du passé.

Cette méthode historique, j’essaie de la transmettre à travers mes vidéos et articles. J’ai montré, à travers l’exemple du Titanic, comment on revient à la source de l’information, mais aussi comment ces sources doivent être recoupées, prises avec distance, critiquées. Écrire l’histoire, ce n’est pas juste choisir les passages qui servent à notre argumentation, comme le fait trop facilement un Guillemin, ou écarter tout fait entravant notre analyse, comme le fait Franck Ferrand avec sa fumeuse localisation d’Alésia. C’est donc souvent se faire violence, pour comprendre ce qu’ont voulu dire ceux qui ont produit les sources, dans quel contexte, et comment elles peuvent être mises en regard avec d’autres. C’est aussi les confronter à l’archéologie, à la statistique, tout en prenant garde à ne pas leur faire dire plus qu’elles ne disent vraiment. C’est rester conscient que l’histoire que l’on écrit dépend des questions qu’on lui pose, et que nous avons tous des angles morts. Tout cela, et bien d’autres choses, est excellemment résumé dans un récent ouvrage dont j’ai déjà dit beaucoup de bien.

Couverture du livre initiation études historiques
Je vous ai dit que quiconque s’intéresse à comment on écrit l’histoire devrait lire ce livre ? Oui. Mais je le redis.

Seulement, l’application de cette méthode ne peut se faire sans un certain recul sur soi. On ne dira jamais assez l’importance de dire d’où l’on parle : trop souvent, ceux qui se pensent neutres ne le sont pas, et oublient simplement de questionner leurs propres biais et engagements, qu’ils jugent simplement naturels, normaux. Cet attachement à la neutralité se double souvent d’une capacité à voir du militantisme un peu trop facilement chez les autres : on reprochera à une femme de ne pas être neutre lorsqu’elle parle d’histoire du féminisme, comme si les hommes n’étaient pas concernés par des rapports de domination qui, pourtant, s’établissent à deux. Mais, à l’inverse, le fait d’être directement concerné par une question peut trop facilement être invoqué comme argument d’autorité, parfois à double tranchant. Avec une hypocrite délectation, certains polémistes d’extrême-droite se précipiteront ainsi sur tout écrit signé par un Juif venant étayer leur thèses négationnistes, pour donner plus de poids à leur propos.

Garder une lucidité sur les limites de son propre discours, et une transparence sur la manière dont on le développe : tout cela est donc essentiel, et me paraît être la principale leçon que je tire de mon apprentissage de l’histoire. Cela doit aussi s’accompagner de la conscience profonde que toute pensée évolue avec le temps, et que ni les hommes ni leurs idées ne sont figés d’un bout à l’autre de leur vie. Il est sur ce site bien des articles anciens que je remanierais, que je n’écrirais pas de la même manière, voire, peut-être, que je n’écrirais pas du tout aujourd’hui. Et pourtant, je ne les renierai pas, car ils font partie d’un cheminement toujours en cours, et que rien ne dit que, dans un an, ou trois, ou dix, je n’aurai pas beaucoup à redire sur ce texte que j’écris ici avec une grande sincérité.

C’est bien là l’avertissement que je veux lancer : la méthode critique ne doit pas être un prétexte à se sentir infaillible. La crise sanitaire a fait ressortir bien de faux experts, et les limites de nos débats scientifiques : sociologue du CNRS utilisant son étiquette pour s’improviser épidémiologiste ; mandarin marseillais aux méthodes douteuses et aux soutiens influents se posant en Galilée face à l’Inquisition (dans un parallèle qui, d’ailleurs, n’a pas grand chose d’historique)… Plus largement, on a pu voir à quel point certains tenants du mouvement zététique perdaient toute méthode critique lorsqu’il s’agissait de réfléchir à leur propre démarche, et abordaient les sciences humaines avec une méconnaissance pétrie de la certitude des ignares. Aussi, si l’histoire, en tant que discipline scientifique, m’a appris l’esprit critique, elle m’apprend aussi qu’il faut en permanence douter de soi, et n’avoir de cesse de revenir sur ce que l’on tient pour acquis, tout en ayant conscience que jamais on n’atteindra réellement un semblant de perfection, mais qu’il faut malgré tout continuer à essayer. Tout cela parait bien un peu vain. L’histoire ne serait-elle alors qu’une inutile vanité ?

Patrick Sébastien en Zorro fait tourner les quéquettes
Comme le ton de cet article est sûrement un peu sombre, autant le contre-balancer avec une image pleine de fantaisie de Patrick Sébastien. En plus, ça me permettra d’avoir une image d’accroche surprenante sur les réseaux sociaux pour générer du clic, si ça se trouve.

 

L’histoire qui ne sert à rien est la plus utile.

J’ai dit plus haut à quel point mon domaine d’expertise maritime m’avait beaucoup complexé. D’autres travaillent sur des sujets sensibles : génocides, crimes contre l’humanité, haute politique… Je ne parle, finalement, que de bateaux. D’un, en particulier, involontairement transformé en sous-marin il y a plus d’un siècle. Alors quoi ? Ai-je mal choisi ma voie ? Suis-je inutile ?

Au vu de tout ce qui précède, vous aurez compris que je relativise désormais franchement l’utilité de cette histoire comme instrument politique qui fournirait exemples et idées. Si je reste convaincu que l’histoire peut nous aider à comprendre le présent, je pense que c’est à condition de se laisser porter par elle plutôt que d’y chercher ce que l’on s’attend déjà à y trouver. J’en reviens à mon récit de Thermidor, qui aurait été bien moins intéressant si j’avais dès le départ décidé de brosser ma sensibilité et mon public dans le sens du poil en me limitant à dépeindre un Robespierre martyrisé par des hypocrites.

Mais au-delà de ça, je crois que l’histoire sans directe utilité politique apparente est, en réalité, la plus utile, à plus d’un titre. D’une part, car on peut trouver, toujours des réflexions nourrissant notre compréhension du passé. En me replongeant dans mes sources, mes témoignages et enquêtes sur le Titanic, je me suis parfois pris à entrevoir des similitudes avec des choses vécues, que ce soit à l’aune de la pandémie ou des procès des attentats du 15 novembre ; mais nul doute que, dans quelques années, d’autres similitudes seraient tout aussi inspirantes. Tout l’enjeu est, ensuite, de ne pas s’y arrêter, pour traquer plus facilement différences et continuités de nos comportements bien humains. Une chose est sûre : se confronter à cette humanité passé nous laisse moins seuls.

C’est aussi l’humilité que nous apporte l’histoire. En parcourant les volumes de Mondes anciens sur la Mésopotamie et la Préhistoire européenne, sujets dont l’impact politique est aujourd’hui fort limité, à moins de les tordre énormément, j’ai été pris de certains vertiges. Vertiges spatiaux, devant les circulations d’idées, de personnes, de techniques qui avaient déjà lieu à l’époque, mais aussi vertiges temporels : on parle ici, bien souvent, de cités, de royaumes, d’empires, étalés sur des siècles qui, aujourd’hui, faute de traces, se limitent à quelques paragraphes, semblent n’avoir laissé derrière elles l’équivalent, en sources, d’une semaine de notre époque contemporaine. De quoi réfléchir, alors, sur notre rapport à la terre, à l’identité, à la nation, et au caractère pour le moins fluctuant de ces notions.

Mais au final, même l’histoire qui n’interroge pas (encore que, tout sujet peut, en réalité, interroger s’il est bien pris), même celle qui ne donne aucun vertige, a une pertinence. À mon vieux réac qui s’indignait que l’on perde notre temps à s’interroger sur les règles douloureuses de Marie-Antoinette, je répondrais aujourd’hui : « Et pourquoi pas ? » Pourquoi ne pas s’intéresser au sujet, quel qu’il soit, pour lui-même ? Chez Bacri et Jaoui, les « chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru » n’intéressent personne, et c’est savoureux. Et pourtant, des chevaliers paysans, c’est déjà en soi un sujet qui peut s’annoncer franchement passionnant. Quant au lac de Paladru, son musée archéologique est en cours de reconstruction. Comme quoi même l’exotiquement inintéressant peut, en réalité, avoir un réel intérêt.

Olympic et Titanic à Belfast en mars 1912
Au-delà de ma fascination pour leur histoire, je persiste à trouver quelque chose de profondément harmonieux et apaisant dans la contemplation simple de ces bateaux. Des fois, l’intérêt de l’histoire, il n’y a pas à le chercher beaucoup plus loin…

J’ai passé, depuis le début de la crise sanitaire, beaucoup de temps à me ressourcer dans mes archives sur le Titanic. J’ai traduit quelques sources, j’ai donné des interviews (récemment encore), et consacré l’été à la rédaction d’un livre qui, je l’espère, sera mon travail le plus abouti et satisfaisant. Et je crois sincèrement que ces travaux ne serviront à rien de plus qu’à susciter l’intérêt pour le sujet, pour lui même, sans chercher à en justifier un quelconque apport politique, social, économique ou autre. À l’heure où les chercheurs sont poussés, toujours plus, à justifier de l’intérêt de leurs projets de recherche dans le cadre de divers plans et axes, je crois que cette histoire que l’on pourrait presque qualifier d’inutile est la plus importante. Car au lieu de trop en attendre, aimer l’histoire pour elle-même est certainement la meilleure raison de l’aimer ; tout le reste n’est que du bonus.

8 commentaires sur “L’histoire, à quoi bon ?

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  1. Chouette article. Cela dit il y a des leçons historiques un peu précises à retenir de certains événements. Par exemple : envahir la Russie, en été ça va, en hiver ça va pas et le pays est trop grand pour être soumis assez vite ». C’est une leçon que l’on peut tirer de Napoléon, et qui aurait pu être mieux apprise par les Allemands en 41.

    La caricature sur l’assassinat de l’Archiduc me semble donc un poil trop caricaturale, même si je comprends l’idée générale.

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    1. Je pense que c’est en réalité très discutable : cette histoire de Russie de taille et d’hiver, typiquement, c’est une analyse de très grande surface, car il me paraît assez net, quand on va plus dans le détail, que ce qui a posé problème à l’Allemagne en 41 était bien éloigné de ce qui a posé problème à Napoléon en 1812 ; des enjeux très différents, des façons de faire la guerre qui l’étaient également… Et c’est justement ces enjeux là auxquels les Allemands auraient dû être plus attentifs pour comprendre que Barbarossa était une mauvaise idée ; bien plus qu’à des souvenirs approximatifs de Napoléon.

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  2. Merci pour cet article très intéressant, en particulier par la découverte de Patrick Sébastien en tenue de soirée.
    L’histoire est pour moi un outil de compréhension du monde et de soi-même, car notre culture et nos convictions ne sont jamais isolées de notre environnement. C’est en ce sens qu’en tant que pure amatrice, elle participe à mon esprit critique. Sans avoir à y repêcher un modèle pour les actions à venir, l’histoire a le mérite d’aider à comprendre d’où chacun parle, ce qui es un bon début. Elle permet de définir certains problèmes avec plus d’exactitude, mais pas les solutions.

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  3. Ranavoir: je persiste à m’étonner du peu de lumière apportée, en général, sur le rôle d’acteurs (dans l’histoire vronçaise) tels que Talleyrand, ce discret diable boiteux dont on ne retient que peu de choses. Peut être que lâcher les cojones d’un robespierre impliquerait d’élargir le champ de focalisation habituel, odieusement cramponné à des figures dont les frasques et retournements ne permettent visiblement pas d’éclairer de manière satisfaisante l’ensemble des intrications propres aux périodes étudiées tels que la révolution etc.. ARH cette phrase n’aura pas de fin. Je n’ai pas eu, personnellement, le courage pour le moment, de me taper ses mémoires, ou les mémoires d’illustres diplomates de l’époque qui permettraient de nuancer la version de pedro talleyro, qui avait ses côtés fumeux asselinocifs, n’étant ni historienne ni.. mais curieuse.. I feel there’s something there to dig in. Bisou.

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  4. « Si je reste convaincu que l’histoire peut nous aider à comprendre le présent, je pense que c’est à condition de se laisser porter par elle plutôt que d’y chercher ce que l’on s’attend déjà à y trouver » : cette phrase bien, je trouve, l’ensemble de ton article et correspond exactement à ce que je pense moi aussi.

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