Le Titanic n’a pas coulé, et autres complots

J’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce site, occasionnellement, du sujet de ma thèse qui étudiait l’exploitation de la ligne maritime transatlantique au début du XXe siècle, et donc du plus célèbre des paquebots concernés, le Titanic. J’ai également eu l’occasion à plusieurs reprises d’évoquer en coup de vent théories du complot, conspirations et complotisme, qui sont des problématiques importantes à l’ère d’Internet, mais loin d’être nouvelles. Imaginez-donc alors ma joie de vous parler ici du mélange entre les deux, à travers les théories du complot entourant le naufrage du Titanic !

Il ne sera pas question ici de simple « débunkage » comme on en trouve souvent : en effet, force m’est de reconnaître que je ne crois plus vraiment à ce genre de format qui satisfait en premier lieu les convaincus, et énerve sans convaincre les réticents. Je voudrais plutôt m’interroger ici sur la manière dont naissent ces théories, dont elles sont alimentés, les mécanismes qui donnent envie d’y croire et, enfin, peut-être, quelques pistes pour les endiguer, bien que le problème semble malheureusement insoluble.

Le complot jésuito-maçonno-illuminato-icebergiste

Commençons par le complot le plus cher aux conspirationnistes, le complot maçonnique. Enfin, Illuminati. Enfin, Jésuite. À moins que ce soit le complot juif ? Malheureusement, les différentes versions de cette même histoire attribuant alternativement la faute à ces différents groupes, difficile d’être plus précis. Résumons cette histoire que vous trouverez dans maints sites et vidéos « éclairés ». En 1913 fut créée la Réserve fédérale américaine. Celle-ci aurait été chèrement désirée par les Illuminatis/Jésuites/Rotschild/autres (préciser), mais ils se seraient heurtés à l’opposition de trois riches américains : John Jacob Astor IV, Benjamin Guggenheim et Isidor Straus. Comment nos conspirateurs auraient alors agi pour les éliminer ? En faisant embarquer leurs victimes sur le Titanic, possédé par l’un des leurs, John Pierpont Morgan, et en le coulant. En faisant ainsi 1 500 victimes collatérales (car l’Illuminati/Jésuite/Rotschild/autre (préciser) n’est pas très regardant en la matière).

Google regorge de théories conspirationnistes sur le Titanic et la Réserve fédérale…

La logique peut pousser à s’interroger sur l’efficacité des méthodes de cette obscure organisation, qui disposait tout de même de moyens bien plus judicieux pour assassiner trois individus. Surtout, cette théorie mélange souvent faits totalement faux (les ponts du Titanic auraient pu être scellés électromagnétiquement pour emprisonner les passagers !), éléments hypothétiques mais jamais prouvés (J.P. Morgan aurait réservé une place à bord avant d’annuler son voyage, fait souvent rapporté dans les ouvrages sur le naufrage, mais dont il semble impossible de retrouver l’origine, tandis que des éléments impliquent fortement qu’il n’avait jamais prévu de traverser l’Atlantique à ce moment), et éléments réels (un prêtre jésuite, Francis Browne, a effectivement fait le voyage entre Southampton et Queenstown à bord du Titanic, débarquant en Irlande, ce qui n’a rien de réellement étonnant : six autres passagers de première classe firent de même).

Le simple fait que les conspirationnistes ne soient pas d’accord sur les auteurs du complot suffit déjà à décrédibiliser cette fantasque théorie, même si des arguments plus solides peuvent la démanteler (J.P. Morgan, par exemple, possédait bien le conglomérat possédant la compagnie qui elle-même possédait le Titanic, mais il n’intervenait pas dans sa gestion et on sait désormais que le paquebot a bel et bien financé avec de l’argent anglais, et non celui du financier). De plus, rien ne permet de prouver qu’Astor, Straus et Guggenheim aient été (ou non) opposés à la Réserve Fédérale : aucun propos de leur part sur le sujet ne semble avoir survécu jusqu’à nous : le fait que cette théorie les mentionne comme les opposants vient surtout du fait qu’ils étaient riches et morts à bord.

Pourquoi cette théorie séduit-elle malgré tout, notamment à l’extrême-droite ? Par la coïncidence, d’une part, entre l’année du naufrage, 1912, et celle de la création de la Réserve fédérale (1913). Surtout, par le fait que le système bancaire et financier est ici invoqué. Or, personne ou presque ne comprend vraiment à quoi peut bien servir une Réserve fédérale et autres mécanismes économiques pointus, ce qui permet un formidable « effet blouse blanche » donnant un poids à celui qui expose la théorie. Enfin, il faut relever que le thème du Titanic victime des financiers capitalistes véreux (et juifs, si possible) est loin d’être nouveau et fut notamment utilisé par les Nazis au cinéma, en 1943.

Ceci étant, ce genre de complot n’est pas le plus intéressant car n’adhèrent à ces théories que ceux qui sont d’ores et déjà disposés à croire au complot Illuminati/Jésuite/Maçonnique/Juif/autre (préciser) et rejetteront alors sans se poser de question tout argument, suivant le principe selon lequel quiconque nie le complot prouve qu’il en fait partie. Tournons-nous donc vers un type de complot bien plus intéressant, non pas Le Complot™, mais bien les conspirations qui, elles sont nombreuses et donc possibles dans l’histoire.

 

Le Titanic n’a pas coulé : scandale à l’assurance

Affirmer simplement « le Titanic n’a pas coulé » pourrait sembler totalement stupide et donc être balayé facilement comme la théorie précédente. Pourtant, cette affaire au vernis plus solide qu’on ne pourrait le croire mérite d’être détaillée pour en comprendre les mécanismes. Cette théorie fut pour la première fois énoncée par l’auteur Robin Gardiner dans les années 1990, et est depuis reprises sous différentes formes plus ou moins fidèles à l’originale par des « chercheurs de mystères ». Que dit-elle ? Le Titanic avait un navire jumeau, l’Olympic, entré en service un an avant lui. En septembre 1911, l’Olympic heurta le croiseur HMS Hawke peu après son départ de Southampton et les dégâts entraînèrent d’importantes réparations. Selon Gardiner, le navire était alors endommagé au-delà du réparable et sa carrière était compromise. Pour toucher plus d’argent de l’assurance, la White Star Line aurait décidé de le faire passer pour le Titanic lors de sa mise en service, puis de le couler. Le vrai Titanic, devenu l’Olympic, aurait pour sa part poursuivi sa carrière. Le naufrage aurait été prévu dans l’Atlantique nord, des navires de secours devant récupérer les passagers ; mais l’Olympic déguisé en Titanic aurait heurté, non pas un iceberg, mais l’un de ces navires de secours… et coulé en faisant bien plus de victimes que prévu.

Les dégâts infligés par le Hawke à l’Olympic sont spectaculaires, mais loin d’être irréparables.

Ici, les ingrédients réunis forment un bon mélange : d’une part, la rapacité de la compagnie prête à tout pour sauver ses bénéfices, d’autre part des éléments concrets, comme l’accident avec le Hawke qui s’est réellement produit. Le schéma est alors diablement efficace, car un premier balayage des informations données permet d’en confirmer (l’Olympic a bien existé, il a bien été endommagé puis réparé, il est bien revenu dans les chantiers peu avant l’achèvement du Titanic…) : si l’on ne se pose pas les bonnes questions, on peut donc trouver cette théorie tout à fait convaincante, sans pour autant être un naïf abreuvé de théories complotistes.

Pourtant, poser certaines questions permet d’éliminer cette hypothèse. L’affaire aurait-elle été rentable ? Non : le Titanic, comme l’Olympic, étaient largement sous-assurés, la compagnie étant très confiante dans leur solidité. Une telle opération aurait représenté la perte d’un demi-million de livres sterling (le prix du navire étant d’un million et demi…). Les dégâts subis par l’Olympic étaient-ils si graves ? Les photographies sont, effectivement spectaculaires, avec des trous béants de la hauteur de plusieurs hommes. Rien d’insurmontable, néanmoins, pour la White Star Line et les chantiers Harland & Wolff : en 1907, lorsque le Suevic s’était échoué sur des rochers, ils avaient tout bonnement sectionné sa partie avant (un tiers du navire !) et en avaient reconstruite une sur mesure ; une véritable opération chirurgicale sur navire. Les dégâts de l’Olympic, connus par les enquêtes qui furent menées alors, étaient bien moindres. Jamais la White Star n’aurait jeté l’éponge pour si peu, surtout si l’opération n’était pas rentable.

Le Suevic, totalement coupé en deux en 1907, fut réparé et reprit une carrière de plus de trente ans. À côté, les dégâts de l’Olympic sont bien maigres…

Enfin, l’échange était-il faisable ? L’Olympic et le Titanic n’étaient pas exactement similaires. Cependant, les différences les plus visibles extérieurement ne furent ajoutées que peu avant le départ : une photographie datant d’un mois avant le naufrage environ montre les deux navires côte-à-côte, presque similaires. Pour Gardiner, donc, l’échange aurait pu être fait à ce moment-là. C’est passer sous silence bien d’autres différences intérieures et extérieures qui, elles, n’ont pas été modifiées, et qui auraient sauté aux yeux des (nombreux) membres d’équipage ayant successivement servi sur les deux navires. Des témoins gênants, qui n’ont pas tous péri dans le naufrage. De surcroît, si Gardiner affirme que le nom du navire était indiqué à peu d’endroits à bord (ce qui n’est pas faux), il en allait différemment de son numéro d’immatriculation, gravé sur de nombreuses pièces de machinerie, inscrit au dos des boiseries. Or, le numéro des boiseries vendues en 1934 au nom de l’Olympic est bien celui de ce dernier ; et celui des machines du Titanic reposant au fond de l’Atlantique est bien le sien également. Tout aurait donc été échangé, en quelques jours de mars 1912 ? Et dans le silence le plus complet des milliers d’ouvriers impliqués ? Impossible, évidemment.

Bien que, dans le détail, de nombreuses différences permettent de les distinguer pour un œil averti (et plus encore, des modifications ayant été apportées au Titanic après cette photo de mars 1912), la similitude entre les deux navires a nourri la théorie du complot.

Robin Gardiner était vraisemblablement un cynique : sa connaissance du Titanic et de la White Star Line (au sujet de laquelle il écrivit en 2001 un ouvrage tout à fait convenable), ses recherches ponctuelles dans les archives lui donnaient tous les éléments pour décrédibiliser sa théorie et il est assez certain qu’il la publia avant tout pour vendre des livres qui, autrement, auraient été noyés parmi bien d’autres. Probablement n’en croyait-il pas un mot lui-même. Il a pourtant su composer un ensemble à première vue très crédible, en prenant avant tout les éléments l’arrangeant, et uniquement ceux-ci : pour quelqu’un qui connaît peu le sujet, l’illusion peut être parfaite. Tout l’enjeu, pour se prémunir contre ces théories, est donc de se poser les bonnes questions, c’est-à-dire non pas celles qui peuvent les renforcer, mais celles qui peuvent éventuellement les démolir. La thèse de Gardiner peut être soutenue par de nombreux faits si on cherche ceux susceptibles de l’étayer. Une seule question visant à la démolir peut en revanche suffire à la rendre totalement inefficace.

Gardiner reste, ceci étant, étiqueté comme conspirationniste peu sérieux et sa théorie reste « grosse », même pour quelqu’un qui n’y connaît pas grand-chose. Nous pouvons cependant encore évoquer un niveau de théories pas si différentes des siennes, et pourtant soutenues par des autorités bien plus sérieuses en apparence : les médias.

 

Titanic bâclé, Titanic incendié, mais Titanic coulé

Je l’ai déjà évoqué dans d’autres articles, le Titanic est une source inépuisable de marronniers pour les journalistes, qui reprennent d’ailleurs souvent les mêmes à quelques années d’intervalle, histoire de pratiquer une rotation des sujets. J’ai ainsi pu revenir sur les « scoops » réguliers sur l’acier du Titanic, qui nous prouvent par la sacro-sainte science que : 1. L’acier du Titanic était de qualité moindre que celui qu’on produit un siècle plus tard ; et 2. Il se casse étrangement facilement quand on le soumet à des pressions alors qu’il a passé un siècle dans de l’eau gelée à 4 000 mètres de profondeur. Ceci étant, bien souvent, les analyses des scientifiques visent seulement à établir des faits précis sur la qualité de cet acier et, éventuellement, à tirer une certaine gloire de l’étude d’un sujet porteur. Mais c’est la réaction sensationnaliste de la presse (qui détourne d’ailleurs parfois des conclusions plus modérées) qui cause le gros des dégâts. Car, en réalité, ce qui manque ici, c’est une contextualisation : établir la qualité de l’acier ne revient pas à dire que celle-ci est responsable du naufrage, même si la presse vient vite à cette conclusion. À l’inverse, les spécialistes du monde maritime savent que le Titanic était un navire solide et loin d’être bâclé, et que tout navire, face à un tel choc, est en grande difficulté : en 2007, l’Explorer, un navire pourtant conçu pour les croisières polaires (ce qui n’était pas le cas du Titanic) a ainsi coulé après avoir heurté un iceberg et subi des dégâts impressionnants.

Le naufrage de l’Explorer prouve qu’un navire avec une coque de qualité peut malgré tout couler à cause des glaces. Il n’est donc jamais mentionné dans les documentaires cherchant à prouver que le Titanic a coulé à cause de matériaux de mauvaise qualité.

On pourrait également citer ces éléments qui « auraient pu tout changer » et que la presse ressort très régulièrement. Ainsi, « le télégramme qui aurait pu tout changer » informait la White Star Line que le navire coulait et n’aurait pas été transmis à temps. Ce que la compagnie aurait pu faire dans ses bureaux new yorkais et que les navires environnants, déjà prévenus, n’auraient pas pu faire, nul ne le sait, cependant. Et le télégramme n’avait d’ailleurs rien de nouveau pour les chercheurs. De même, « les jumelles qui auraient pu tout changer », ces fameuses jumelles manquantes dans le nid-de-pie : bien des articles épiloguent ainsi sur un changement de hiérarchie en dernière minute (réel), qui aurait entraîné la perte (réelle) d’une paire de jumelles et celle d’une clé présentée comme cruciale… alors que des doubles se trouvaient à bord, tout comme plusieurs autres paires de jumelles. En réalité, depuis 1912, le débat portant sur l’utilité des jumelles dans ce contexte est ouvert et de nombreux arguments tendent à montrer qu’elles n’auraient pas changé grand-chose dans ce contexte. L’information revient pourtant occasionnellement pour faire frissonner le lecteur, qui peut ainsi se dire sagement que, des fois, la vie ne tient pas à grand-chose.

Dernier scandale en date, un incendie aurait scellé le destin du Titanic. Qu’un incendie ait effectivement fait rage dans une soute à charbon du Titanic du 2 au 13 avril (la veille de la collision) est un fait connu depuis 1912, rarement tu dans les livres sur le sujet, même si l’avis général est que cet incident (commun sur les navires de l’époque) fut géré efficacement et n’eut pas de réelle conséquence pendant le naufrage. Mais en décembre 2016, un historien du Titanic relativement reconnu (quoi que déjà parfois contesté), Senan Molony, publia dans une collection reconnue un recueil de photographies, dont l’une fit sensation : une trace sombre sur la coque du navire peut avant son départ montrerait que l’incendie l’avait nettement fragilisée. Et Molony de surenchérir : des experts des incendies confirmaient que cela pourrait bien être vrai. Les médias se précipitèrent sur un scoop inespéré pendant la molle période des fêtes, et bien vite, on titrait que le Titanic avait « coulé à cause d’un incendie ». Molony n’hésitait pas, en effet, à insinuer que du fait de l’incendie, le navire aurait accéléré et donc heurté l’iceberg, et que la coque aurait été fragilisée par les flammes.

Tout cela n’avait pas grand sens : d’une part, les spéculations sur la vitesse du Titanic (courantes) se heurtent au consensus des historiens. À 21 nœuds la nuit du drame, le navire avait une vitesse située dans les habitudes de l’époque, nettement inférieure à certains de ses concurrents, la White Star s’étant retirée de la course à la rapidité plus de dix ans avant le naufrage. Aucun signe, donc, que le navire se pressait d’arriver. Surtout, les photographies sont douteuses : d’une part, les traces ne se situent pas à l’endroit où eut lieu l’incendie, mais bien en avant et au-dessus ;  et d’autre part on trouve exactement le même genre de traces sur des images de l’Olympic qui, jamais, ne subit ce genre d’incendie. Inversement, certaines photographies du Titanic ne montrent pas les traces. La conclusion est simple : une fois les images contextualisées, il est évident que ces zones sombres sont des reflets et ombres sur la coque. Les experts invités à se prononcer par Molony étant spécialistes d’un tout autre sujet, les incendies, ne pouvaient disposer des éléments nécessaires pour se poser les bonnes questions et juger. Le problème ici est donc double : d’une part la quête de notoriété d’un auteur prêt à tout pour le buzz, d’autre part celles de médias peu regardants en ce qui concerne la course au clic.

 

Bons et mauvais complots

La dénonciation du complotisme est unanime dans les médias et pour la classe politique, quitte à prôner des mesures liberticides, notamment contre Internet, pour faire taire les « fake news ». Pourtant, ceux-ci utilisent eux aussi cette rhétorique : de Fillon à Macron en passant par Mélenchon, la dénonciation des complots dirigés contre eux est permanente. Et dans les médias ? Lorsque Franck Ferrand « présente » des livres conspirationnistes, il est encensé ; lorsque Lorant Deutsch énonce des théories qu’aucun historien ne soutiendrait, il est applaudi et réinvité. Et lorsqu’un auteur douteux en quête d’audience veut donner un écho à ses théories, il peut compter sur leur aide. Serez-vous surpris d’apprendre que Senan Molony est journaliste, ce qui n’est peut-être pas étranger à la reprise assez énorme de ses arguments dans la presse pendant plusieurs jours, aucun démenti n’ayant eu le même écho ?

Présenter des complots et faits bidons n’est pas toujours gage d’exclusion médiatique, manifestement.

Dans un monde médiatique où les publications en ligne, en particulier, sont des reprises de dépêches d’agence affublées du titre vendeur le plus accrocheur possible (souvent la seule chose lue par les lecteurs, du reste), les idées se propagent à grande vitesse. Il est nettement plus rare que les démentis soient publiés et, de façon générale, ils seront alors bien moins vendeurs et donc lus que l’article original souvent conservé. C’est là un reproche énorme que l’on peut par exemple faire à Squeezie, un peu trop encensé par certains à mon goût lorsqu’il a rapidement reconnu une « erreur » sur Twitter après avoir diffusé massivement une théorie conspirationniste sur la construction des pyramides : quel que soit le degré de sincérité de ses excuses, le fait est qu’il n’a pas supprimé la vidéo fautive, qui continuera donc à propager des idées fausses. Il aurait tort de se priver : une telle vidéo est certainement très rentable. Il n’en reste pas moins que l’on pourrait attendre plus d’éthique en la matière de la part de journaux supposément fiables, qui se contentent de se protéger en agrémentant leurs titres de points d’interrogation pour ne pas trop s’avancer.

Au-delà du Complot, donc aussi caricatural qu’il est difficile à réfuter aux yeux de ses tenants, il y a les complots et conspirations, au sujet desquels le doute est souvent tout à fait légitime. La démarche visant à balayer tout complot du revers de la main sans l’étudier est en effet fort peu scientifique, l’histoire en étant ponctuée de bien connus. En revanche, il est regrettable que d’une part, les médias fassent passer avant tout le buzz plutôt que d’être rigoureux. Ainsi, lors de la polémique de « l’incendie », plusieurs spécialistes du sujet dont moi-même avons été contactés par plusieurs médias français désireux d’avoir des précisions : ceux-ci se sont très vite montrés peu intéressés lorsqu’ils ont su le peu de crédit que nous accordions à la théorie mise en lumière ; la vérité ne fait pas vendre… Allons plus loin : souvent, trop souvent, les chaînes de télévision vont jusqu’à produire des documentaires soutenons ces théories : Senan Molony a ainsi eu le sien, sur Channel 4, ensuite diffusé sur les télés françaises qui sont loin d’être aussi hermétiques aux « fake news » qu’elles le prétendent. On pourrait ainsi rappeler les polémiques autour de la diffusion de documentaires de France Télévision bien peu scientifiquement informés, que ce soit sur l’homéopathie, le glyphosate, la psychanalyse et bien d’autres.

Surtout, il est primordial d’apprendre à lutter contre les théories fallacieuses non pas par la moquerie et le démontage savant (démontage qui, d’une certaine manière, reprend le même rapport entre « mec qui sait »/ « mec qui sait pas » que l’exposé des théories lui-même) mais par l’explication de la méthode scientifique qui consiste à se poser les bonnes questions. Cette rigueur est ce qui guide la démarche de ce site et de la chaîne, et il faut espérer que cet idéal soit partagé !

 

Pour aller plus loin

La bibliographie sur le Titanic est impressionnante, en français comme en anglais, avec énormément de déchet, malheureusement. Pour ceux qui veulent découvrir le sujet, le Site du Titanic est rédigé depuis plus de vingt ans par un passionné de ma connaissance dont les travaux sont extrêmement rigoureux.

Pour les anglophones qui voudraient aller plus loin, le livre Conspiraies  at Sea de J. Kent Layton (Amberley, 2016) est une très belle somme qui revient sur les théories du complot entourant le Titanic et le Lusitania. Je rejoins totalement son introduction se lamentant sur la manière dont bien des documentaires sensationnalistes font la promotion de théories fumeuses, en utilisant parfois au passage contre leur gré des experts reconnus comme cautions de leur propos.

La théorie de « l’échange » de navires a été étudiée en détail par Steve Hall et Bruce Beveridge dans Titanic & Olympic, Which Ship Sank ? (The History Press, 2012), ainsi que par le génial Mark Chirnside dans un rapport présenté sur son site et est également démontée par Dan Parkes sur son site.

Un collectif de grands noms des spécialistes du Titanic (dont Kent Layton, Beveridge, Hall et Chirnside sus-cités) a également signé le court Titanic, Fire & Ice (Or What you Will) démontant la théorie attribuant le naufrage à un incendie : l’ensemble est également disponible gratuitement.

4 commentaires sur “Le Titanic n’a pas coulé, et autres complots

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  1. Salut Histony, j’approuve ta démarche cependant quand tu dis à la minute 39:29 de ta vidéo sur le Titanic et les complotistes que l’homéopathie n’est que du sucre je ne suis pas d’accord. Tu n’est d’ailleurs pas le seul a faire la même erreur. En revanche je suis d’accord pour le reste de ton argumentaire, notamment de ta conclusion. J’ai utilisé des médicaments homéopathiques, prescrit par mon médecin traitant, ce n’est pas que des tubes de granules et dans mon cas ça a participé à me guérir pour des grippes(peut être que ça ne guéri pas tout le monde et bien sûr que les vaccins sont plus efficaces) . Certes je ne saurais pas expliquer le goût sucré qui les caractérise. Tes vidéos sont toujours intéressantes. Bonne continuation.

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  2. « La démarche visant à balayer tout complot du revers de la main sans l’étudier est en effet fort peu scientifique, l’histoire en étant ponctuée de bien connus. »

    On pourrait en avoir quelques uns ? J’ai quant à moi l’impression que la caractéristique du complot, c’est justement de ne jamais pouvoir être totalement éclairci. Déjà parce qu’il est souvent impossible de distinguer nettement entre machination et opportunisme. Je pense par exemple à la Stratégie de la Tension dans l’Italie des années 70, souvent présentée comme une réalité officielle, parce que très crédible au regard de ce qu’était la situation sociale, alors qu’en fait, pas exactement : https://fr.wikipedia.org/wiki/Strat%C3%A9gie_de_la_tension

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    1. Oui, mes vidéos y sont publiées, même si je ne m’en occupe pas personnellement. Tout ce qui est produit sur ce site et la chaîne associée est sous licence CC0 et donc réutilisable librement, notamment sur des plates formes de diffusion plus éthiques que YouTube ! 🙂

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